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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 20:06

 
La Loire, le drame d’un fleuve qui n’a pas su fédérer son espace.

   J’habite le département de la Loire, je vis souvent dans la Haute Loire, mon premier ouvrage « Les crues de la Loire supérieure » me rattachent au fleuve, je collabore régulièrement à une revue « La Loire et ses terroirs » avec un article dans le dernier numéro sorti à la fin de la semaine dernière sur l’enneigement exceptionnel de ce dernier hiver. Depuis quelques années les nouveaux liens de famille m’ont amené à connaître la Loire angevine et son affluent la Mayenne. Pourtant derrière ces  « Loires », je constate jour après jour, une équivoque, chacun voyant derrière ce mot sa propre signification, son département, son fleuve, sans se douter qu’une autre délimitation géographique existe, mais le divorce va plus loin entre les départements de l’amont et les pays du val, de l’aval ou de Laval quand on me répond que l’on ne connaît pas l’autre ou qu’il n’est pas de « la Loire ». Combien de fois mes interlocuteurs ont été surpris quand j’ai parlé du magazine « La Loire et ses terroirs » dont le titre déroute dans le département ? Combien de fois m’a-t-on dit que l’Anjou, le Maine, la Mayenne, «  ce n’est pas la Loire » ce sont pourtant des « Pays de la Loire ». Les mêmes mots n’ont pas toujours la même signification, je m’en suis rendu compte à propos du récent site de boutique en ligne sur Internet de mes enfants http://www.nature-et-traditions.com. Peu oseraient en amont du fleuve utiliser ces mots de nature et traditions dans la même signification de patrimoine aux multiples formes de l’aval, beaucoup plus marqué par l’histoire.

Seule l’eau s’écoule de l’un à l’autre bout de ces espaces, pas toujours en harmonie.

En amont, la Loire provoque les multiples polémiques à propos des barrages, que ce soit la centrale de Montpezat, Grangent, ou Villerest. En aval, le fleuve est beaucoup plus vu comme un atout autour de la notion de sauvegarde d’un milieu naturel ou d’activités traditionnelles.

Le cas du barrage de Villerest est très net. Il a protégé les régions de l’aval de crues beaucoup plus importantes en décembre 2003 et en novembre 2008 en abaissant le débit maximum d’environ un millier de mètres cubes dans les deux cas. En raison de sa position géographique, il est inopérant pour protéger les régions en amont de Roanne et les aspects négatifs de sa présence sont souvent mis en avant dans ces régions.

 L’évolution régionale récente a totalement séparé deux espaces. Le temps où le charbon du bassin de Saint Etienne descendait le fleuve sur des barques à fond plat à partir de Saint Rambert pour ensuite continuer sa route vers Paris à partir de l’Orléanais, celui de la ligne de chemin de fer du Bourbonnais, sont bien révolus aujourd’hui. On a peu à peu assisté à la mise en place sur la Loire d’un espace tronçonné.

Le fleuve n’a pas réussi à devenir un axe de transport comme la plupart de ses homologues européens, comme le Rhin, et même français comme la Seine ou le Rhône.

C’est peut être lié à la faiblesse de la batellerie en France. Ce pays a toujours préféré d’autres moyens de communication. Pourtant même à l’échelle de la France, notre fleuve est condamné à rester un nain, limité à la navigation de petits rafiots historiques. Autrefois avec le canal latéral à la Loire, la navigation remontait de l’embouchure jusqu’à Roanne. Aujourd’hui c’est impossible en raison de l’interruption au niveau du pont de Tours et l’on est réduit à rechercher les traces anciennes de canaux en grande partie déclassés.

Le régime hydraulique a toujours rendu difficile la navigation sur la Loire. L’alternance de très fortes crues et d’étiages prononcés avec un écoulement par « pulsations brutales » comme je l’avais nommé autrefois, a toujours été un handicap important. Sous prétexte de garder « vivant » le fleuve, on a réduit la navigation à une recherche archéologique, drôle de façon d’enterrer la vie.

La capitale de la France a failli se déplacer le long de la Loire à l’époque des Valois qui appréciaient la douceur de son climat et qui ont construit les célèbres résidences royales d’Amboise, de Blois, de Chambord, etc. Mais la nature itinérante de la Cour d’alors qui se déplaçait d’un château à l’autre, n’a pas permis d’ancrer cette fonction dans le Val. Paris a repris très vite avec les Bourbons le rôle de capitale que lui avaient donné les Capétiens.

La capitale industrielle de la France a aussi été près de la Loire. Saint-Etienne triomphante de la moitié du XIX ème siècle, premier bassin houiller, capitale du ruban, de l’arme, puis du cycle, de la quincaillerie, jouait à l’époque la carte du fleuve avec la première voie ferrée en direction d’Andrézieux, mais ce temps est aujourd’hui bien révolu. Alors que l’axe fluvial est une tentation géographique naturelle mal aménagée pour développer les communications vers le nord, Saint Etienne enferme depuis 30 ans ses moyens de transports vers le Rhône dans la vallée du Gier aussi étroite que peu pratique, bloquée chaque fois qu’une inondation, un glissement de terrain, un accident, une grève, un bouchon ou une manifestation coupent l’autoroute ou la voie ferrée. La ville a probablement perdu son lustre parce qu’elle s’est détournée volontairement ou forcée du fleuve.

Aujourd’hui l’espace ligérien dépend de villes qui lui sont étrangères et qui drainent les activités en dehors de son bassin versant.

Paris utilise les différentes branches du fleuve de part et d’autre d’Orléans et des principaux affluents pour émettre, comme des tentacules, ses voies de communication en direction du Val, vers Tours et Angers, en direction de l’Auvergne par les axes du Cher ou de l’Allier, ou en remontant le long du cours amont du fleuve.

Lyon étend son influence par des communications transversales, par Saint Etienne, par Roanne. La construction de l’A89, utile par ailleurs, fera communiquer directement la plaine du Forez et l’agglomération lyonnaise et ne peut qu’accentuer l’emprise rhodanienne sur les pays ligériens

Même Dijon et sa Bourgogne débordent modestement sur la Loire par le biais de la Saône et Loire et de la Nièvre

 Nantes pourrait fédérer par son rôle de port l’ensemble du bassin versant. La ville a l’intention de renier les « Pays de la Loire » pour se rattacher à son influence historique d’ancienne capitale des Ducs de Bretagne. La création des nouvelles plaques d’immatriculation a crée une nouvelle polémique, certains demandant que le 44 de la Loire Atlantique soit associé au blason de la Bretagne !

Seule l’idée d’un TGV descendant de Paris vers le Berry ou le Bourbonnais avec un embranchement vers Clermont, un autre vers Roanne et un troisième vers Limoges, serait peut être une véritable idée ligérienne sans vraiment suivre le fleuve : la possibilité de raccrocher l’amont et l’aval de la Loire qui se tournent le dos.

Cette situation n’est pas sans problème pour la gestion hydrologique du fleuve. Le SPC Loire/Cher/Indre service de prévision des crue est le plus vaste de France et gère le fleuve de la source à la confluence avec l’Indre, à partir d’Orléans, alors que les inondations concernent presque toutes le débordement de pluies méditerranéennes par-dessus les hauteurs de l’est du Massif central sur l’amont. La fermeture programmée des centres départementaux de la météorologie de Bouthéon comme du Puy-Loudes risque de transformer l’amont de la Loire, celui du débordement de ces grosses pluies, en un désert météorologique officiel.   

Aujourd’hui la Loire, s’est changée en plusieurs espaces dépendants de l’extérieur qui se tournent le dos historiquement, géographiquement et même culturellement et qui se disputent le même mot : un drame. Le fleuve a-t-il vocation à n’être que le témoin d’un patrimoine historique, « une nature qui a des traditions » ou à servir de prête-nom à un ou des départements de l’amont ?


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance 13 h 15, le texte de cette chronique étant repris sur zoom42.fr et ce blog..

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