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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 10:30

 
Chronique climatologie N°722
Mars et les soldes de l’hiver

      Mars n’a rien fait ou presque pour continuer l’hiver et pourtant il est impossible de solder la saison en particulier pour les conséquences de la neige en France comme aux Etats-Unis.

Chez nous les températures n’ont rien d’extraordinaire, un peu supérieures à celles de 2008, ou inférieures à celles de 2007 ou 2006, très proches des moyennes. De très longues périodes anticycloniques ensoleillées compensées par des courants de nord ou de nord-est persistants ne laisseront pas de souvenirs impérissables, pourtant la neige est indélogeable dès les altitudes moyennes. La pluviométrie médiocre n’a pourtant pas apporté des renforts blancs substantiels, sur le Massif central tout juste de petites couches les 6, 24 et 29 mars. Pourtant le 1er avril, je peux encore observer à la jumelle les restes des congères qui résistent obstinément à 950 mètres sur le versant nord du Pilat dans le vallon de Salvaris ou au dessus de Rochetaillée et plus loin dans les repli de terrains de la Haute Loire. Le manteau, après avoir résisté à 1000 mètres pendant la première moitié du mois, s’est maintenant réfugié à 1200 mètres sur toute la bordure orientale du massif du mont Lozère au Pilat. D’une façon générale les images de satellite montrent que tous les reliefs qui composent le Massif central au nord de la Vallée du Lot présentent encore une bonne couche à fondre. Il faut ajouter les anciens volcans de l’ouest : Aubrac, Cantal et Sancy, mais aussi la Margeride, le Devès et le Haut Forez. Les mêmes images montrent que des Massifs hercyniens de l’Europe moyenne sont encore blancs sur leurs sommets surtout les Vosges et la  Forêt Noire.

Que le manteau continue à se renforcer à plus de 2000 mètres sur les Alpes du nord  est un phénomène normal au mois de mars. A Santis, la couche au sol a atteint 5 mètres le 31 mars, elle a besoin d’augmenter encore de 1 mètre si elle veut rivaliser avec celle de l’année dernière. Que ce phénomène soit visible sur les Pyrénées, comme ceci a été signalé récemment pour la station de Cauterets parait déjà plus rare, mais que cette persistance affecte la moyenne montagne européenne vers 1000 mètre est exceptionnel.

Sur le Jura, il reste au 1er avril à la Chaux de Fonds à 1000 mètres d’altitude environ une couche de 60 cm. Le mois avait commencé avec 73 cm, l’épaisseur est montée à 96 cm. Des valeurs exceptionnelles à cette époque sur ce massif.

Naturellement les couches ont fondu progressivement au cours de mars de façon très lente, presque incognito, au point que l’on voit encore la neige qui reste et que l’on oublie qu’elle a beaucoup reculé pendant ce mois

D’abord ces couches anciennes, tombées depuis décembre et renforcées en février, ont été gelées, durcies et ont acquis une résistance qui leur permet chaque jour de rendre leur eau avec parcimonie surtout quand elles sont situées à l’ombre, à l’orée des forêts.

Ensuite la fusion s’est effectuée lentement par tranches d’altitudes successives, presque mètre après mètre, en apportant chaque jour leur ration liquide aux rivières. Ceci permet d’expliquer pourquoi nos cours d’eau montrent encore une belle abondance alors que le mois de mars a été particulièrement sec avec une longue période anticyclonique et seulement 24 mm de précipitations à Saint Etienne…

Cette particularité d’une fusion lente du manteau nival par niveaux d’altitude, sans inondation, est une caractéristique de nos montagnes de l’Europe. Le même phénomène s’est produit de façon bien plus brutale et catastrophique aux Etats-Unis dans la ville de Fargo sur  la « Red River » dans le Dakota du nord.

Il s’agit d’un petit cours d’eau du nord des « Grandes Plaines » américaines qui naît entre les hauts bassins du Missouri et du Mississippi, à l’ouest du lac Supérieur. Après un cours globalement ouest –est jusqu’à Fargo, la « Red River » se dirige ensuite de façon méridienne en direction du Canada, de la ville et du lac de Winnipeg , puis l’exutoire de ce dernier, le fleuve Nelson se jette dans la Baie d’Hudson.

Les inondations exceptionnelles, relatées ces jours derniers sur cette ville, sont liées à la convergence de 3 facteurs que l’on trouve plus souvent le long des fleuves Sibériens que de ceux des Etats-Unis.

Comme sur nos montagnes, le nord des « Grandes Plaines » a accumulé des quantités énormes de neige depuis le mois de décembre. Au moment de l’inondation, il reste localement de très belles couches qui peuvent atteindre 24 pieds soit 60 cm sur le secteur amont de la Red River. A la différence de nos montagnes, la situation en plaine, sans différences notables d’altitude, le cours ouest-est de la rivière, provoquent une fusion massive et concomitante sur l’ensemble du bassin amont. Cette période de dégel où la neige fond, où le sol devient boueux est bien connue dans les plaines continentales au long hiver froid. Les russes nomment cette période la « Raspoutitza ». Le caractère difficile de cette période est ici aggravé par l’épaisseur du manteau nival, caractéristique du climat du nord-est de l’Amérique du nord.

Cette fusion très rapide a été accélérée par des précipitations liquides qui ont ajouté leur lame d’eau à celle de la fusion. Entre le 22 et le 29 mars, il est tombé entre 4 et 8 pouces  soit entre 10 et 20 mm sur le bassin de la Red River. Ce total pluviométrique peut paraître médiocre comparé à celui des grosses précipitations susceptibles de provoquer des crues en France, mais quand on cumule cette lame d’eau pluviale avec celle de la fusion de la neige accélérée par la précipitation, quand on ajoute l’écoulement sur un sol gelé qui n’est pas de nature à absorber la moindre partie de la masse liquide et l’envoie vers la rivière dans sa quasi-totalité,  et que l’on prend en compte la faiblesse de la pente qui réduit la vitesse de l’écoulement, la masse d’eau qui arrive sur Fargo est de nature à provoquer une inondation de première importance.

Un troisième facteur s’est ajouté pour expliquer le caractère médiatique de l’inondation dans une petite ville dont beaucoup d’entre vous, et moi le premier, ne connaissaient pas l’existence avant ce problème hydrologique. A partir de cette ville, la Red River change de direction et envoie ses eaux vers le nord et le Canada, soit des zones encore gelées et enneigées. Les précipitations liquides n’ont pas dépassé vers le nord la frontière entre les Etats-Unis et le Canada car l’anticyclone froid du Manitoba sévit encore à ces hautes latitudes. Cette masse liquide envoyée sur des zones encore englacées, gelées et enneigées ne peut s’écouler facilement. Les glaces qui encombrent le lit du cours d’eau sont autant d’obstacles à l’écoulement. Les fleuves de la Sibérie qui présentent un tracé du sud vers le nord avec l’Ob la Léna  et l’Ienisseï  subissent souvent des inondations de ce type. Ces dernières sont souvent aggravées par des barrages provisoires de glace qui accumulent l’eau en amont puis déversent brutalement leur eau vers l’aval quand ils rompent. Dans les deux cas l’inondation est dramatique. La Léna a connu en mai 2001 une très grosse inondation avec des phénomènes d’embâcles de ce type qui avaient nécessité l’intervention de bombardiers pour rompre les barrages à coup d’explosifs[1] avant que la situation ne soit trop grave.

Les Etats-Unis sont en train de subir une inondation de type sibérien. Un comble ! Tous les paradoxes du rôle hydrologique de la neige sur le vieux et le nouveau monde

La chronique vaquera la semaine prochaine en raison des programmes spéciaux de la Semaine Sainte sur Radio Espérance ? Je vous retrouverai le 18 avril à 13h15. Vous pourrez continuer à suivre l’actualité climatique et mes prévisions sur mon blog : Gesta.over-blog.com. et sur le portail Internet zoom42.fr



[1] G. Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes » 2003 éditions ALEAS , chapitre 5 pages 152-153 ( disponible auprès de l’Auteur ou de l’éditeur ALEAS 15 quai Lassagne 69001 LYON)

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Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

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