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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 16:13


Feux, sécheresse et ressource en eau à la fin de l’hiver

 

        Des incendies de forêt aux quatre coins de la France, l’un en Bretagne, le second dans le midi, plusieurs dans la vallée de l’Ariège et enfin dans le département de la Loire ont fait ressurgir un discours alarmant concernant le problème de l’eau en France, certains médias ajoutant que l’on se situait dans une situation de plein été.


        En réalité, tout ceci est lié à une confusion entre l’état hydrique de la végétation et de l’air d’une part et celui du sol ou des nappes d’autre part.

L’état de sécheresse apparent jusqu’au 23 mars est lié à deux faits que l’on rencontre souvent à la sortie de l’hiver.

La rudesse de la saison que nous venons de connaître a multiplié les journées de gel. Leur impact sur la végétation a contribué à assécher les tapis végétaux anciens, morts  correspondant aux parties aériennes des plantes de l’année précédentes qui ne repousseront pas et n’ont pas été nettoyées, ou plantes vivantes mais réduites à des tiges sèches qui connaissent à peine leur première poussée de sève et le gonflement de leurs bourgeons. Ces végétaux forment un tapis très fragile au moindre départ de feu. Cette saison est aussi celle des écobuages où les jardiniers et les agriculteurs font disparaître par le feu ces brûlots très secs et le moindre vent peut permettre leur propagation.

Ces masses de végétaux morts ou secs sont d’autant plus importants lors de cette fin d’hiver que la saison a accumulé des quantités énormes que les professionnels nomment les « chablis » en forêts. Il s’agit des bois qui ont été cassés, tombés par les calamités du récent hiver. Les tempêtes qui ont abattus de nombreux arbres en particulier celle du 24 janvier dans le sud-ouest du pays et celle du 10 février dans les Pays de la Loire et du Centre, les chutes de neige lourdes qui ont cassé la cime de nombreux arbres ou même écrasé des forêts entières souvent de pin. Cet arbre a la particularité d’accumuler la neige sur son houppier et ensuite de s’effondrer avec ses voisins sous le poids. Ces végétaux sèchent et forment un aliment de choix pour tout incendie naissant.

A la sortie de l’hiver, nous venons aussi de connaître une quinzaine de jours secs marqués par le retour de l’anticyclone des Açores (Chronique N°720). Entre le moment où se terminent les calamités d’hiver et celui où commencent les précipitations orageuses de type estival, une période sèche est souvent observée. L’anticyclone a prodigué un ensoleillement continu pendant la journée entière. A cette époque, la chaleur prodiguée par l’ensoleillement n’est pas suffisante pour mettre en place dans l’après-midi une couche nuageuse d’instabilité. Toute la période a été marquée par une absence totale de précipitations entre le 12 et le 23 mars.

Le facteur aggravant a été la présence d’un courant de nord-est, un vent d’autant plus desséchant qu’il amenait un air continental dont la caractéristique première est la faiblesse de l’humidité. Le positionnement de l’anticyclone sur la moitié occidentale de notre pays a permis ce courant sur son flanc oriental.

Le résultat a été des humidités relatives très basses sur une grande partie de la France en début d’après-midi. L’humidité relative est la proportion de la vapeur d’eau contenue dans l’air par rapport à celle nécessaire à la condensation de l’eau, passage de l’état de vapeur à celui de gouttelettes. Quand cette humidité relative descend en dessous de 50%, on commence déjà à considérer qu’elle est très basse. Cette fois, elle est tombée à des niveaux estivaux de l’ordre de ceux que l’on trouve dans certains déserts : Le vendredi 20 mars à 15 heures l’humidité relative n’était que de 8% à Montpellier, 9% à Rodez, 11% à Brive la gaillarde. On trouve aussi 11% à Montauban le samedi 21 à 14 heures et le jeudi à Millau ; 12% au Puy en Velay, Aurillac et Périgueux. L’ensemble de la France se situait entre 20 et 30 % lors de ces après-midi.

Cette humidité relative très faible disparaît dès le prochain changement de masse d’air et la première pluie. Elle n’est pas à confondre avec la ressource en eau liée au niveau des rivières et des nappes phréatiques, ni même à l’état de la réserve du sol. D’ailleurs sur les plateaux de la Haute Loire, on pouvait observer dimanche des bas fonds regorgeant d’eau dans un air très sec sous un soleil de plomb, parfois à côté de congères anciennes qui rendaient leur eau en fondant !

L’état de la ressource en eau au mois de mars dépend de l’ensemble des précipitations tombées pendant la saison froide. Pendant cette période de l’année, la pluviométrie supérieure à l’évaporation permet au sol de reconstituer sa réserve, aux nappes phréatiques de se regonfler, et aux cours d’eaux d’écouler l’excédent en remplissant les barrages. Le bilan de ces derniers mois n’a rien de mauvais sur la France, avec un automne particulièrement pluvieux, un hiver exceptionnellement enneigé dès les altitudes moyennes, un mois de février anormalement arrosé. La quinzaine sèche de mars n’est pas de nature à modifier la tendance. L’état de la ressource en eau est certainement le meilleur connu depuis le début de 2003. Même l’Espagne a reçu des précipitations supérieures de 6% à la moyenne depuis septembre.

Naturellement il existe des différences régionales sur notre pays. Si l’on regarde l’indice d’humidité des sols, la saturation est totale sur plus des 2 tiers de sa superficie en particulier toute la face est et nord. La situation n’est vraiment déficitaire que sur le Berry, le Poitou, une partie de la Provence et le Kochersberg dans la plaine d’Alsace.

Pour l’état des nappes phréatiques, j’ai pris pour exemple l’ensemble du bassin du fleuve Loire. La partie amont regorge d’eau. Certains aquifères connaissent leurs records historiques de remplissage de fin d’hiver, ceux des massifs volcaniques du Velay, ceux du bassin de Volvic dans les Limagnes depuis 1992, ceux des plaine Alluviales de l’Allier ou de la Loire dans la plaine du Forez, ceux de la bordure sud du bassin Parisien.

Les aquifères de l’aval sont moins remplis. Les nappes de Beauce, du Cénomanien, de l’Albien ou de la Craie, nommées en fonction de la couche géologique qui les abrite, ont un  niveau supérieur à celui de l’an dernier. Il convient toutefois d’ajouter que ces aquifères baissaient depuis 2003 et leur diminution s’est arrêtée en 2007 ou 2008 selon les cas.

Les débits du fleuve sont en baisse depuis la seconde partie du mois de février en raison de la raréfaction des pluies mais il reste au dessus du niveau des modules annuels. A Bas en Basset le débit moyen de février atteignait 82,4 m3s, celui du 23 mars présente encore 48m3s alors qu’en moyenne le fleuve écoule une quarantaine de mètres cubes par seconde en moyenne par an. La Loire à Gien avec 340 m3s le 23 mars montre une belle abondance. Les barrages de Naussac, de Villerest et d’autres  sont pleins.

Il est vrai qu’à la sortie de l’hiver, la ressource doit être réalimentée pour faire face ensuite au déficit hydrique de la saison chaude. La première partie de la saison froide avec une fin de l’année très arrosée d’octobre a décembre a apporté plus d’eau que celle qui a suivi depuis le début de 2009. Si le début de 2009 a été relativement sec en janvier et mars, l’année qui commence prend la suite de deux nettement excédentaires pour les précipitations.

Aussi les incendies signalés ces derniers jours, correspondent à une courte période, à la sortie de l’hiver, liée à l’état du végétal et de l’air, ne pas confondre avec la ressource en eau disponible en vue de satisfaire les besoins de la prochaine saison chaude.


Gérard Staron
vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance 13 h 15, le texte étant repris par le portail Internet  Zoom 42.fr et sur ce blog.

Bonne semaine à tous.

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