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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 19:00


Chronique climatologie n°720


Le réveil de l’anticyclone des Açores

 


  L’anticyclone des Açores est revenu lors de la seconde décade de mars et avec lui le beau temps et le soleil.

Il est sorti de sa base du sud de l’Atlantique, près des îles des Açores qui lui ont donné son nom, pour gonfler en direction de notre pays. Depuis très longtemps, il ne s’était pas livré à une telle incursion dans notre direction. La progression a commencé le 11 mars. La première étape jusqu’au samedi 14 mars s’est limitée à une avancée des bautes pressions au sol, celles d’altitude restant au sud de le Péninsule ibérique. Après une faiblesse pendant le week-end, l’anticyclone est revenu avec un peu plus de hardiesse au début de cette semaine. Cette fois il est remonté au sol jusqu’aux Iles Britanniques  et à la mer du Nord. En altitude, au niveau de la surface des 500 hpa, il a étendu son influence sur l’ouest de notre pays.

Le ciel bleu que cette situation atmosphérique a engendré sur l’est de la France avec un ensoleillement très chaleureux a provoqué une hausse très rapide des températures maximales devenues très vites printanières, par contre les minimales n’ont pas suivi.

Les gelées sont restées très présentes sur notre pays. Pour les justifier, il a été invoqué le fort rayonnement nocturne sous un ciel dégagé. Il est réel que l’absence de couverture nuageuse et la sécheresse de l’air facilitent autant le réchauffement diurne que le refroidissement nocturne. Toutefois ces gelées traduisent une situation plus complexe avec plusieurs cas :

 ---Elles concernent un grand quart nord est de la France le 12 et le 17 mars. Dans ce cas la station du Puy en Velay est la plus froide du pays à des altitudes inférieures à 1000 m, avec -4,9° le 12 et – 3,9° le 17. Le thermomètre est négatif au nord-est d’une ligne qui s’étire des Ardennes au Massif central et aux Alpes du nord. Il s’agit des journées où un flux de nord-est descendant sur le flanc des hautes pressions s’est installé de façon généralisée en débordant à partir de l’Allemagne et de l’Europe du nord et en avançant de façon systématique sur la bordure orientale de l’anticyclone jusqu’à ce qu’il soit stoppé au centre du Bassin parisien  et sur la retombée des reliefs de la moitié sud de la France.

 --- Lors de la première phase anticyclonique, le 13 et le 14, les températures négatives sont centrées sur l’ensemble du Massif central, le Puy est toujours le pôle du froid, mais de Rodez à Vichy et Saint Etienne la totalité du massif est concernée . De façon secondaire, les gelées débordent sur le pied des Alpes, avec Chambéry et Grenoble Saint Geoirs. A ce moment là, la présence d’un manteau nival encore conséquent sur ces reliefs a joué son rôle de réfrigérateur nocturne sur les régions basses voisines pour imposer ces gelées et aggraver la baisse  du thermomètre.

 --- Ultérieurement, cette semaine, on distingue chaque jour deux îlots de températures négatives séparées sur notre pays, avec des espaces de superficies différentes.  D’abord un ensemble du nord-est par où arrive le flux froid continental. Il est plus champenois et Lorrain lundi 16 mars, seulement alsacien le 18. Il recouvre l’ensemble de l’Alsace-Lorraine en s’insinuant jusqu’au pied du Jura le 19 et s’étend encore le 20 jusqu’aux Ardennes. Au centre du pays, le second ensemble s’étire au nord du Massif central. La ville la plus froide n’est plus Le Puy mais Vichy ou parfois Nevers le 19 avec -4,7°. Les cuvettes du Bourbonnais, du Nivernais, et le Charollais entre Loire et Allier subissent les températures négatives. Les gelées s’étendent même à la Sologne avec Romorantin et Orléans le 19 et le 20. Cette zone centrale s’explique par la stagnation de l’air froid dans des cuvettes qui reçoivent de face ce courant de nord-est. Des stations comme Nevers et surtout Vichy sont très sensibles à ces temps de nord anticycloniques comme nous l’avions déjà constaté en octobre dernier.

 

  .Ce mois de mars présente deux faces thermiques contrastées avant et après l’arrivée de l’anticyclone des Açores. Jusqu’au 10 mars, ce dernier est resté reclus sur l’Atlantique et il a laissé le libre passage aux perturbations qui descendaient des hautes latitudes et qui ont traversé notre pays jusqu’au golfe de Gènes. Pendant cette décade les températures sont nettement inférieures à la moyenne du mois de mars de l’an dernier, déjà pourtant très basses. C’est ce que j’ai pu mesurer à Montregard avec une moyenne de ces 10 premiers jours à 2°. Par contre, dès l’arrivée des hautes pressions, le maintien de gelées matinales n’empêche pas les températures maximales d’effectuer un bond en avant en dépassant 11° et la moyenne quotidienne de monter au dessus de 5° ce qui n’avait pas été le cas avant au même poste. Les apports du soleil commencent à être efficaces en cette saison avec l’augmentation de l’angle d’incidence de ses rayons et une durée plus longue des jours.

Cette dualité de mars 2009 se retrouve à des échelles plus longues. Les situations anticycloniques remontant des Açores avaient été prédominantes pendant les mois de janvier et février 2008 pour fournir un hiver très doux. Cette année, ces mêmes hautes pressions réfugiées sur l’Atlantique ont laissé un boulevard pour la descente de l’air polaire jusqu’à nous. Le résultat a été réfrigérant avec des températures mensuelles inférieures de 4 à 5° pendant les deux mêmes mois de 2009 par rapport à l’an dernier. L’hiver rude que nous venons de subir en résulte en grande partie.

L’analyse des températures moyennes coulissantes sur 12 mois, ce qui présente l’avantage de faire disparaître les différences saisonnières, laisse apparaître une hausse des températures culminant en avril ou mai 2007 suivi d’une baisse jusqu’à février 2009. Nous avons constaté dans une chronique antérieure cet aspect pour Laval ou Saint Etienne Bouthéon. Jean Louis Grieneisen effectue la même remarque dans le dernier bulletin des météorologistes d’entre Rhône et Loire, à propos des températures de Lyon Bron avec un maximum de 14,7° pour l’année juin 2006/ mai 2007 et une baisse de 2,5° de Juin 2007 à février 2009. Il est facile de constater que les mois qui ont précédé le maximum ont été remarquables par la multiplication des temps anticycloniques qui ont fourni un temps ensoleillé accompagné de températures maximales élevées avec une canicule en juin et juillet 2006, un automne 2006 le plus doux depuis 1949 et pour clore un avril 2007 exceptionnel. La seule exception est Août 2006 marqué par des descentes froides et le repli de l’anticyclone des Açores sur l’Atlantique.

Depuis mai 2007, les hautes pressions sont restées le plus souvent timides sur l’Atlantique, elles ont laissé le passage libre pour les descentes d’air arctique, en novembre et décembre 2007, puis pendant une grande partie des saisons chaudes 2007 et 2008 et enfin lors de ce dernier hiver. A l’exception des mois de janvier et février 2008, tous ces mois ont été marqués par des températures médiocres et une baisse de l’ordre de 2 à 3° pour l’ensemble de l’Europe occidentale, 2,5° à Lyon , 3° à Montregard en liaison avec la défaillance de l’anticyclone des Açores..

Ceci fait apparaître un facteur explicatif important dans l’évolution des températures, la circulation générale de l’atmosphère qui permet soit l’accumulation de la chaleur solaire en cas de remontée de l’anticyclone des Açores au ciel clair, soit le froid ou la fraîcheur quand le retrait des hautes pressions sur l’Atlantique laisse le passage libre aux descentes polaires. Cette explication est très nette pour la dernière pulsion à la hausse des températures en 2006 et au début de 2007, puis celle à la baisse depuis 2007. Une telle pulsion de plus de 2° dans chaque sens, ne saurait être liée aux rejets par l’homme des gaz à effet de serre dont la concentration évolue très lentement d’une année à l’autre. Il est difficile de la mettre aussi en relation avec  les cycles solaires qui évoluent selon des pas de temps différents. La circulation générale de l’atmosphère avec l’avancée sur l’Europe ou le retrait sur l’Atlantique de l’anticyclone des Açores est le troisième facteur qui pourrait bien apparaître comme le trouble fête de l’évolution des températures.
 

  Voilà une hypothèse qui mérite une vérification sur une durée plus longue !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de radio Espérance 13 H 15, le texte de cette chronique étant repris par le portail Internet zoom42.fr et ce blog.

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