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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 20:13

Chronique climatologie N°719


A la fin de la première quinzaine du mois de mars, les dernières facéties de l’hiver affectent souvent la course Paris-Nice, l’épreuve du calendrier cycliste la plus maltraitée par les conditions climatiques, car c’est la première à sortir des régions littorales surtout de la « Grande Bleue ».

Dans le passé, en 2004 et 2005 pour les dernières fois, la neige a très souvent perturbé la course avec des étapes annulées ou raccourcies. Le vent a souvent imprimé sa marque sur l’épreuve, parfois même en décidant du vainqueur. L’an dernier lors de la première étape, la tempête du 10 mars avec des vitesses supérieures à 80 km/h en rafales avait même obligé à raccourcir la première étape qui aurait dû partir d’Amilly dans la banlieue de Montargis.

Cette année, le vent a joué son rôle par un phénomène que les cyclistes connaissent bien : la formation de bordures.  Quand Eole vient de côté ou de ¾ arrière, pour se protéger, le peloton met en place des éventails, qui permettent aux coureurs de la première rangée de s’abriter du vent derrière celui qui mène. Ceux qui ne réussissent pas à s’imposer dans une position favorable, forment à la fin du peloton, une file indienne que l’on nomme la ficelle. Non protégés des rafales de vent, ils dépensent une énergie beaucoup plus importante pour garder le contact avec le groupe et inéluctablement ils lâchent prise, sont rejetés à l’arrière  et, à l’arrivée les coureurs piégés, comptent de nombreuses minutes de retard qui leur fait perdre toutes chances dans les épreuves par étapes.

Cette année, le millésime qui se termine demain, a rencontré plusieurs jours des conditions éoliennes susceptibles de mettre en place cette sélection implacable dans une course cyclistes et pourtant seulement une seule fois, l’épreuve a été très profondément chamboulée.

Lundi dans le Berry, en direction de la Chapelle-Saint-Ursin, des éventails se mettent en place à plusieurs reprises dans le vent, des cassures interviennent dans le peloton, mais à l’exception d’un petit groupe dans lequel Moncoutié se trouve piégé, la plupart des concurrents rallient l’arrivée dans le même temps.

Mardi, en direction de Vichy, l’équipe Rabobank lance un coup de bordure sur les plateaux des Combrailles, peu après le col de la Bosse, le peloton explose, les coureurs de la ficelle lâchent prise les uns après les autres. Le leader de l’épreuve Contador est piégé à l’arrière, Un groupe de 7, le premier éventail, se dispute la victoire ce qui profite à Sylvain Chavanel.

Jeudi, le vent, plus précisément un  mistral faiblissant, souffle dans le sillon rhodanien, lors de l’étape entre Annonay et Vallon-Pont-d’Arc. A 30 kms de l’arrivée, des éventails se mettent en place avant Saint Rimeize, mais les groupes légèrement attardés rentrent dans le peloton.

Lors des trois journées, la vitesse du vent est assez semblable aux stations météorologiques proches de la course vers 15 et 16 heures au moment où cette dernière passe. Lundi, Bourges et Avord mesurent des rafales entre 44 et 47 km/h près de l’arrivée à La Chapelle-Saint-Ursin. Mardi, les valeurs sont du même ordre, un peu supérieures à Chateauroux 52 km/h, seulement 39 km/h à la station de Vichy-Charmeil proche de l’arrivée. Le Mistral  finissant de jeudi atteint 44 km/h à Montélimar. Ce seuil de 40 à 50 km/h en rafales est effectivement celui à partir duquel le vent a un impact sur la course comme nous l’avons établi dans notre dernier ouvrage[1]. Pour un climatologue, il s’agit de vitesses modérées, le vent fort ne commence qu’au dessus de 16m/s soit 52 km/h, mais pour un cycliste, il en est autrement. « Un vélo n’est qu’une voile » me dit souvent Jean-Paul Bourgier, d’autres ajoutent  « le vent même faible est toujours gênant car le vélo qui fend l’air provoque l’impression qu’il vient toujours de face ».

Pourquoi des conditions identiques, qui ont provoqué 3 jours différents des bordures, ont-elles donné des résultats différents, en bouleversant totalement  le classement de Paris-Nice en direction de Vichy , et avec un impact limité ou nul dans les deux autres étapes ?

Les raisons sont multiples :

--D’abord climatiques. Lors de l’étape de Vichy, les coureurs doivent supporter des contraintes supplémentaires. La perturbation que traverse la course ajoute du froid, entre 4° et 6°, alors que la veille le thermomètre flirte avec les 10° et que jeudi, près de la vallée du Rhône, il atteint 16,4° à Aubenas. La pluie sévit aussi avec une route mouillée et des précipitations qui peuvent être estimées à 2 mm entre 15 et 17 heures. Certains organismes supportent difficilement ces difficultés supplémentaires ce qui rend la sélection plus importante.

-- Ensuite les conditions géographiques jouent leur rôle. Pour que des bordures aient une chance de provoquer une sélection durable, il convient que l’itinéraire présente une exposition longue aux vent de côté ou de ¾ arrière sur une route dégagée, sans abri protégeant des conditions météorologiques. Ceci s’est produit sur le plateau des Combrailles en direction de Vichy.  Après le franchissement du col de la Bosse, la route suit la ligne de crête selon une orientation nord-ouest sud-est pendant quelques kilomètres avant de descendre dans les Limagnes. Le vent d’orientation ouest-sud-ouest provient effectivement de côté ou de ¾ arrière selon les tronçons du parcours. Le parcours assez tournoyant de lundi dans le Berry ne permet pas d’exposition durable au vent de côté à proximité de l’arrivée. D’Annonay à Vallon-Pont-d’Arc, le mistral, en provenance du nord, est de même sens que l’itinéraire de la course et a tendance à la pousser. Les secteurs transversaux sont trop courts pour imposer des bordures susceptibles d’atteindre l’arrivée.

-- Enfin le facteur humain intervient. Une équipe, Rabobank, décide d’utiliser volontairement mardi les conditions atmosphériques pour tirer un profit de l’opération. Même si elle a réussi à placer 3 hommes sur 7 dans le groupe de tête à l’arrivée, ce n’est pas elle qui récupère le principal bonus de l’opération puisque Chavanel gagne l’étape et le maillot jaune.

Ce n’est pas un hasard si l’équipe Rabobank est à l’origine de la sélection. Elle avait réussi encore plus brillamment l’opération en 1999 en plaçant 6 équipiers dans le groupe de tête avec son leader Boogerd pour gagner l’épreuve, en compagnie de 3 autres rescapés. Les équipes qui exploitent ce type de situation sont celles qui viennent des pays du vent et de la pluie. La Rabobank est d’origine néerlandaise. Dans le passé la CSC danoise a réalisé la même opération en 2004. La Quick Step  flamande est aussi rompue à ce type d’exercice. Ce n’est pas un hasard, si elle possédait 2 coureurs dans le groupe de tête mardi, un belge en plus de Chavanel. Ces pays bordiers de la mer du Nord connaissent de nombreuses tempêtes océaniques et les coureurs de leurs équipes, même d’autres nationalités, se livrent régulièrement à ces parties de manivelles dans le vent.

Les étapes de Paris-Nice donnent souvent lieu à des phénomènes de bordures qui ont provoqué des victimes célèbres promises à des victoires qui se sont refusées à elles : en 1971 Raymond Poulidor, en 2004 Vinokourov, en 2008 Cadel Evans, mais aussi en 1960, 1965 et 1999. Parfois, les mêmes années, comme en 2004, elles se produisent conjointement dans le centre du Bassin parisien ou les plateaux du nord du Massif central et dans la vallée du Rhône. En effet la plupart des perturbations quelque soit leurs trajectoires, ouest, nord-ouest, ou nord, donnent du vent dans la moitié septentrionale du pays. Ensuite l’air descend vers la Méditerranée. Il s’accélère après avoir franchi les hauteurs du Massif central. La grande bleue l’attire. Les reliefs comme le sillon du Rhône le canalisent. Ainsi il est normal de trouver un mistral, souvent finissant dans la vallée du Rhône, un ou deux jours après avoir connu le flux de la perturbation d’origine dans le Bassin parisien.

Le vent et le cyclisme, un sujet inépuisable !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance 13 H 15, le texte étant repris sur le portail internet zoom42.fr et ce  blog.



[1] Jean-Paul Bourgier, Gérard Staron « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » 2007 L’Harmattan

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