Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 22:15


Chronique climatologie N°718:

 

 Bilan d’un hiver irrespectueux


    L’hiver météorologique se termine fin février selon les normes officielles en vigueur, la limite de l’équinoxe du 21 mars étant une référence cosmique et ceci ne veut pas dire que le froid et la neige aient terminé de nous taquiner.

Vous entendez, ici et là, un premier bilan qui place cette saison parmi les plus froides sur la France. Il s’agirait du record ou presque de ces 20 dernières années, même si dans la région Centre-est l’hiver de 2005-2006 présente des températures parfois plus basses comme à Lyon. A Montregard, les 3 mois de décembre à février 2009 ont connu les 3 seules moyennes négatives depuis le début de mes observations régulières !

L’enneigement est aussi exceptionnel dans les zones de moyenne altitude. Sur le Pilat à 1000 mètres, il dépasse déjà 107 jours, les 112 jours de 2005-2006 sont en sursis, comme les 116 jours de Tarentaise à la même altitude en 1964-65. L’exceptionnel se situe pourtant ailleurs dans la continuité du manteau blanc depuis le 22 novembre, soit 105 jours, ce qui constitue un véritable record qui augmente encore chaque matin d’une unité. Sur le Massif central, l’enneigement n’est qu’une suite d’épisode discontinus dans le temps avec de faibles épaisseurs, or qui n’a pas reçu cette année des photos avec des murs de neige tenace depuis novembre en provenance des massifs du Mézenc, du Vivarais, du Pilat, du Forez ou autres !

Il est aussi banal de rappeler le cocktail d’intempéries qui ont accompagné cette saison froide. Les deux grosses chutes de neige lourdes sur le Massif central quand le manteau s’est installé à la mi décembre. La première centrée sur le Pilat entre le 9 et le 11 décembre et la seconde sur les hauteurs centrales du Velay à l’Auvergne les 14 et 15 du même mois, ont mis en place un réfrigérateur tenace au centre du pays qui est encore partiellement en place. Au moment du premier maximum de janvier, des épisodes de verglas ont affecté la région lyonnaise et la plaine du Forez. Une nouvelle chute de neige lourde a perturbé la région marseillaise, le manteau blanc n’atteint la Méditerranée avec de grosses couches que lors des grands hivers. Quand l’air froid a repris sa poussée à la fin de janvier, deux tempêtes ont jalonné sa progression, la célèbre Klaus dans le sud-ouest,  mais aussi celle plus océanique de la Vendée à l’Yonne, un peu plus tard. Leur latitude plus basse par rapport à la trajectoire traditionnelle le long de la Manche  a montré l’agressivité de l’air froid qui a continûment poussé vers le sud. Février sans calamité considérable a continué à accumuler la neige et des précipitations record dans des régions où ce mois est habituellement sec. Lyon Bron a connu le 6 février l’abat pluviométrique en 24 heures le plus important pour des mois de janvier à avril depuis 1921 avec 64,8mm. Beaucoup de ces épisodes ont été accompagnés d’inondations sur de nombreux cours d’eau, la Garonne, La Charente, le Vidourle, le Gier, le Coulon près de Cavaillon, surtout 2 fois le bassin de l’Adour et son affluent la Nive. Sans être exceptionnelles ces crues ont apporté leur lot de problèmes aux riverains.

Un tel hiver commence peut être à inciter à la réflexion les partisans les moins extrémistes de la lutte contre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre supposés le produire. Pour conserver le moral des troupes, les plus mordus n’ont pas hésité à utiliser les incendies de la canicule australienne, et l’émission de Delarue sur A2 qui heureusement pour ses participants ne se passait pas dans la rue!

Les gens de bon sens auront pu constater à cette occasion qu’un hiver doux, comme les deux précédents, présente moins de danger et de calamités que celui plus rigoureux que nous venons de subir. Avec un prix du pétrole pourtant bien moins cher, le montant des factures de chauffage risque d’être au moins aussi important que l’an dernier. Le coût du déneigement risque d’être particulièrement salé cette année, sans compter l’impact sur les arbres d’alignements et l’état des routes. Les perturbations des moyens de transports ont suscité beaucoup de polémiques et de difficultés économiques qu’il s’agisse des problèmes survenus sur les aéroports de Paris perturbés autant par les phénomènes de verglas, de neige que de vent, de la circulation routière ou ferroviaire en particulier dans les régions de Paris, de Marseille par la neige ou de Lyon pour le verglas. Le cumul des foyers privés d’électricité au cours de la saison dépasse le demi million  quand on ajoute ceux des deux chutes de neige lourdes de décembre sur le Massif central et ceux des deux tempêtes surtout celle du sud-ouest où la remise en état a été très difficile dans une zone d’habitat dispersé. Même si les tempêtes ne sont pas exclusivement un phénomène hivernal, il est difficile de ne pas imputer le coût des dégâts aux biens,  aux habitations et aux forêts avec l’impact économique induit. Certains sont incités à une réflexion inconvenante : Le réchauffement n’est peut être pas un danger quand il concerne l’hiver !

Cet hiver plus tenace que rude n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans une période de baisse des températures, commencée au printemps 2007. Quand on prend en compte les moyennes coulissantes de températures sur 12 mois, ce qui fait disparaître les aspects saisonniers, les stations européennes ont quasiment toutes connues un maximum pour l’année se terminant en Avril ou mai 2007. Depuis, quelle chute générale ! Commencée dans le second semestre de 2007 et le premier de 2008, les moyennes ont hésité quelques mois avant de plonger à nouveau pendant cet hiver ! La chute a été de 2,7° à Lyon Bron. Pour ma part elle atteint 3° à Montregard de 10,4° à 7,4°. La plus grande partie de l’Europe se situe entre 2 et 3° de moins. Les personnes de bonne foi s’interrogent. Jean Jouis Grieneisen a intitulé son article dans le dernier bulletin des météorologistes d’entre Rhône et Loire «  la fin du réchauffement ou juste une accalmie passagère ».

 La question du changement de tendance est d’autant plus d’actualité que d’autres paramètres confirment. Le continent nord-américain a subi un hiver au moins aussi rigoureux que le notre, même plus tenace en débordant sur ce début du mois de mars avec un enneigement qui est descendu dans le sud. Il restait le 4 mars une couche de neige substantielle dans le nord des états de l’Alabama et du Mississippi qui bordent par ailleurs le golfe du Mexique.

La banquise arctique a certes eu une grosse faiblesse pendant l’été 2007, mais depuis elle récupère des surfaces normales. Sa fusion de l’été 2008 a déjà été plus faible d’environ 1 millions de km2. La reconstitution des glaces a été précoce à l’automne 2008 dès novembre. Actuellement elle arrive au maximum de mars 2008. Tous ces éléments convergent dans un seul sens depuis mai 2007, celui de l’arrêt du réchauffement, et je vous ai expliqué dans des chroniques antérieures pourquoi il pourrait en être ainsi pendant une trentaine d’années.

Tout ceci peut provoquer une année 2009 assez agitée, c’est déjà commencé car il y a l’accumulation de trois éléments dangereux.

Dans mon ouvrage de 2003 « Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? »[1], j’ai déjà observé la concordance dans l’histoire des grands hivers et des périodes révolutionnaires. 1789, les trois glorieuses de 1830, les révolutions de 1848, 1917, les grandes grèves de 1947 et bien d’autres dont la crise de 1929, ont été précédés d’hivers particulièrement rudes. Voilà qui constitue un dangereux précédent ! Ce n’est pas pour rien que mardi gras et la période des Carnavals sont situés à la sortie immédiate de l’hiver. Ne s’agit-il pas d’une période difficile à supporter qui provoque un moment de défoulement dans nos sociétés. D’ailleurs beaucoup de périodes révolutionnaires commencent à la fin de février : 1848, 1917. Comme cette année il s’ajoute une crise financière puis économique qui a toutes les raisons de marquer les esprits par son ampleur, cette accumulation de circonstances dangereuses ne me dit rien qui vaille !

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance 13 h 15, le texte étant repris par le portail Internet zoom42.fr et ce blog.

 

 

 

 



[1] Gérard Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes » 2003 Editions ALEAS, chapitre 2 p60 à 65, disponible auprès de l’auteur ou de l’Editeur ALEAS 15 quai Lassagne 69001 LYON.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195