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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 15:57

Chronique climatologie n°710


L’air froid s’est imposé sur l’Europe. Il a commencé sa pression dans la nuit du nouvel an  avec le retour des gelées sous abri sur une grande moitié nord de la France atteignant  le centre de la Bretagne et la bordure du Massif central.

Depuis méthodiquement, il a renforcé sa présence au niveau géographique, sur le Massif central et les Alpes le 2 et le 3, jusqu’à l’extrémité de la Bretagne le 3, puis en direction du sud-ouest et de l’Espagne, le 4 et le 5 et enfin il atteint la Méditerranée au niveau de la région Marseillaise en glissant le long de la Vallée du Rhône le 6.

Le froid a aussi augmenté son intensité avec deux renforts successifs en provenance du nord-est, celui du nouvel an, et celui du lundi  5 janvier.

Les températures minimales ont atteint le seuil du grand froid (-10°) localement dès le 4 janvier avec -10,7° à Charleville-Mézières, massivement le 6 et surtout le 7. Ce mercredi matin, une langue très froide longe la moitié sud de la plaine du nord de l’Europe. J’ai pu la suivre à partir de l’ouest de la Pologne avec -20°, dans l’Allemagne de l’est avec -19° à Leipzig et Dresde, en Rhénanie avec -19,2. En France elle arrive par les Ardennes où Charleville-Mézières est la ville la plus froide avec -16,2°, elle occupe le Bassin parisien avec -15,2° à Beauvais, -14,8° au Mans. Les températures de grand froid inférieures à -10° se terminent au niveau du seuil du Poitou. 

La trajectoire de cette langue froide a glissé au sol en venant buter sur les reliefs hercyniens de l’Europe, ceux de Bohème, puis le Massif Schisteux Rhénan, les Vosges, le Massif central et le Massif armoricain. Il fait moins froid dans les Vosges qu’à Nancy (-8,2 contre -12,8) moins froid à Limoges ou Guéret qu’à Poitiers (-7,5° ou -9,1° contre – 12,5°), moins froid à Laval qu’au Mans ou Alençon (-7,9° contre -14,8° ou -13,3°).

De telles températures minimales sont loin des records de janvier, sauf au Mans où l’on est très proche des -15,2° du 8 janvier 1985 et où l’on dépasse le record antérieur du 18 janvier 1966 (-13,5°). Toutefois cette vague de froid semble la plus tenace depuis celle de janvier 1985 commencée, le 3 et terminée le 19,  surtout au niveau des températures maximales négatives. Beaucoup de postes n’ont connu depuis le début de l’année que des jours sans dégel et cette situation risque de se poursuivre car l’air froid occupe parfaitement le terrain soutenu par un anticyclone qui ne lâche pas encore prise, le recul de la froidure ne sera que très progressif.

Les frimas peuvent s’appuyer sur une Europe presque totalement enneigée à l’exception de quelques espaces littoraux océaniques, régions méditerranéennes ou à l’abri comme les plaines Danubiennes. Même la plaine du Pô est recouverte d’une bonne couche.

L’air froid sec a  repoussé, la neige dans des zones inhabituelles. Dans son arrivée de lundi, il a dévié la perturbation neigeuse qui le précédait très loin à l’ouest. C’est ainsi que la chute  en provenance du Nord-Pas-de-Calais, s’est retrouvée sur la région Parisienne, puis sur la Touraine et L’Anjou, avant d’atteindre le Poitou.

Les réactions traditionnelles de la Méditerranée aux eaux tièdes ont été limitées aux régions proches de la côte. La rencontre entre le froid qui descendait la vallée du Rhône et l’humidité de la Grande Bleue s’est fait sur la région Marseillaise en déposant les grosses chutes qui ont défrayé la chronique. La neige massive sur le littoral méditerranéen ne se produit que lors des grands hivers quand le froid empêche la douceur de pénétrer à l’intérieur. Sur mon blog, j’ai mentionné quelques grosses épaisseurs survenues lors des célèbres février 1956, janvier 1985 ou de l’hiver 1962-63. C’est ainsi qu’après la sardine, la neige a bouché le vieux port ou la canebière. C’est la troisième chute de neige lourde de cet hiver, les deux première en décembre avaient largement pénétré à l’intérieur du pays, celle-ci est restée sur la côte avec des difficultés accrues de communication sur des zones peu habituées à un tel manteau.

Cette réaction de la Méditerranée n’a pu pénétré à l’intérieur des terres que de façon symbolique avec quelques modestes flocons qui ont atteint Saint Etienne, mercredi en fin de journée, mais elle a dû battre en retraire devant le froid à partir de mercredi soir. Au lieu de continuer à progresser, les masses neigeuses ont reflué vers le Languedoc et la région toulousaine affectées à leur tour par les chutes qui ont paralysé une fois de plus la circulation.

Le sol enneigé, qui réfléchit l’énergie solaire sur des surfaces inhabituelles autant sur le vieux que le nouveau continent, le rayonnement très important pendant les plus longues nuits de l’hiver, l’angle d’arrivée très faible des rayons du soleil au plus bas sur l’hémisphère nord, s’accumulent pour provoquer une sérieuse offensive de l’hiver que nous avions d’ailleurs en grande partie annoncé après les chutes de neige  de décembre.

C’est ainsi que réapparaît cette année le premier maximum de l’hiver qui se produit dans la première quinzaine du mois de janvier. J’avais établi son existence statistique dans ma thèse « L’hiver dans le Massif central » avec une grande probabilité de gel au début du mois, suivies d’un maximum d’enneigement jusqu’à la mi-janvier. Ces dernières années ce maximum de janvier avait été gommé et l’on avait connu  des hivers tardifs qui débordaient sur mars ou avril. En 2009, le maximum de janvier revient en force.

Nous connaissons le premier grand hiver depuis janvier 1985 avec quelques différences. Moins intense pour son froid, il montre déjà beaucoup de ténacité et 2008-2009, ressemble plus à l’hiver 1962-63 qui reste le plus long depuis la seconde guerre mondiale. Après deux années de baisse des températures, il plombe d’entrée celles de 2009 et il s’inscrit dans un changement de tendance climatique de plus en plus difficile à nier.

Cet hiver nous rappelle aussi la dépendance de la consommation électrique du froid avec les records de lundi (90000 MW) de mardi (91500 MW) et de mercredi (92400 MW) vers 19h. Pour la première fois des risques de coupures du courant ont été évoqués pour la Bretagne et la Côte d’Azur, et une panne d’envergure a réellement eu lieu en Seine et Marne avec 57000 foyers affectés. Il faut espérer que cet hiver constitue un avertissement sans frais pour faire prendre conscience de la nécessité du renouvellement d’un parc de centrales nucléaires vieillissant, des limites de l’interconnexion entre les réseaux, quand toute l’Europe est refroidie, pour des espaces excentrés du territoire, et surtout des très faibles apports des énergies renouvelables en cas de grand froid, solaire inopérant à 19h, éolien aléatoire, même l’hydroélectricité sera en baisse avec les débits des rivières si la présence de l’anticyclone dure trop longtemps, heureusement qu’il avait beaucoup plu à l’arrière saison pour remplir les barrages !

Cet hiver montre aussi un beau contre-pied. Tous les esprits branchés, et des rapports très sérieux,  annonçaient les grosses difficultés d’enneigement et la disparition programmée des stations de sports d’hiver de moyenne altitude avec le réchauffement de la planète. Rarement les stations des Vosges, du Jura, du Massif central, des Pyrénées, ou des Préalpes, ont eu un enneigement naturel aussi abondant. Jamais ces mêmes stations n’ont connu une telle fréquentation depuis le début de la saison, au point de représenter un îlot de forte croissance à un moment où il n’est question que de crise. La reprise économique commencerait-t-elle par la bonne vitalité des ces stations condamnées par les grands pontes de la climatologie ?

Il faut espérer que cet hiver fasse réfléchir et sortir des utopies idéologiques certains esprits politiques ou scientifiques un peu trop réchauffés.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie, texte repris sur zoom42 et zoom43.fr et ce blog.

Gérard Staron http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

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commentaires

Domi 28/04/2009 13:47

Je trouve vos analyses très justes et elles correspondent bien à notre vécu quotidien. j'aime bien vous lire car vous avez une façon originale de dire les choses...et vous êtes très intéressant.

Dracip27 10/01/2009 18:38

Et bé .........J'ai vu de la lumière et me suis dit vais frapper. Juste un petit coucou de Dracip27 qui se promène. Bonne soirée

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  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
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