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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 11:56

Chronique climatologie N°562 (enregistrée le 5/01/06- antenne 7/01/06)

    Au moment du nouvel an, ce que me donne encore l’occasion de vous présenter tous mes vœux, le ciel nous a apporté une bouffée chaude aussi brutale que brève au milieu de l’hiver tenace que nous subissons.

Si je prends comme exemple l’enneigement de Saint Etienne au versant nord du Pilat, le manteau blanc a subi un aller et retour spectaculaire.

Le 30 décembre, la neige recouvrait le bas de la ville à 500 m, il s’ajoute même dans l’après midi une couche supplémentaire de 2 cm qui gèle en surface quand la précipitation passe ensuite à la pluie.

Le 31 décembre au matin le manteau était globalement remonté à 800 m avec des restes épars à tous niveaux, dans la journée il poursuivait son recul jusqu’à plus de 900 m

Le 1er janvier au matin la neige a encore reculé mais la chute de l’après midi maintient la couche vers 950 m

Le 2 janvier on remarque des flocons épars dans les précipitations à 500 m. Quand la grisaille s’affaiblit dans l’après midi, on observe le retour de l’enneigement vers 650 m. Depuis les chutes de neige sont presque quotidiennes.

Pour le Yoyo du thermomètre j’ai choisi de vous présenter celui de la petite station Suisse de la Chaux de Fonds à 1018 m dans le Jura Suisse. Le 30 à 6h UTC le thermomètre marque -21°, à 12 h il remonte à -5°, à 18 h il reste -3° au petit matin de la Saint Sylvestre il passe à +3°. Le maximum de la Journée ne dépasse pas 4°3. Ceci représente en 24 heures un écart de 24°. Le jour de l’an au matin les températures redeviennent négatives.

Autant pour la neige que pour les températures, le redoux a duré comme les roses, à peine plus l’espace d’un matin. 2005 a terminé comme tout au long de son année, par des écarts énormes du thermomètre et une inversion complète des flux atmosphériques.

Il y a cependant une différence avec mes remarques de 2005 ( et avec l’épisode du 13 au 15 décembre 2008). Ce n’est pas un contraste nord- sud  avec les descentes polaires face aux remontées d’air méditerranéen, mais plutôt une opposition ouest-est  entre le Moscou Paris des grands hivers et les redoux océaniques. Cette opposition climatique majeure de l’hiver ne pouvait que provoquer des problèmes au niveau de la circulation, de l’air chaud arrivant sur de l’air froid et accentuer des phénomènes glissants : neige ou verglas avec de la pluie gelant au contact d’un sol très froid.

Le 28 décembre la France était sous l’influence d’un temps perturbé de nord-est qui descendait sur le flanc sud d’un anticyclone continental centré sur le nord de la Russie. Ce flux était attisé en arrivant dans l’est de notre pays par une dépression centré sur le golfe de Gènes et la Toscane qui attirait cet air froid et légèrement neigeux vers notre pays.

Deux jours après, une dépression très creusée au sud de l’Islande nous envoie un violent courant d’ouest perturbé. Le 30 à 12 heures  le front chaud commence sa traversée de la France et s’étire des Pyrénées à la Normandie. Le secteur chaud amène son radoucissement dans la soirée du 30 décembre et la matinée du 31 décembre.

Ensuite le froid revient progressivement. En fin de journée de la Saint Sylvestre, le front froid de la perturbation qui suit arrive sur la France. Il ramène, le jour de l’an, les premières chutes de neige à moyenne altitude et une nouvelle baisse des températures. Après son passage le flux passe nettement au nord-ouest puis au nord, le froid revient  et les flocons affectent des altitudes plus basses. Comme toujours en météorologie l’air froid l’emporte sur l’air chaud.

 

Pour ceux qui connaissent la région stéphanoise, les circonstances de mes déplacements du 30 décembre me permettent de vous présenter comment, au niveau régional s’est produit ce redoux spectaculaire.  J’effectuais un trajet aller et retour du bassin stéphanois vers 500 m, aux hauteurs vers 1100 m des confins du Velay et du Vivarais en passant par les plateaux de la région de Montfaucon vers 800 et 900 m.

Quand je pars du bassin houiller stéphanois vers 500/600 m, la température est de -5° sur la sonde de mon véhicule. Dès que je monte sur les plateaux de l’Yssingelais, la température remonte vers -2° puis -1° vers 800 à 900 m, alors que la neige commence à tomber seule d’abord, puis en mélange avec de la pluie. Quand je dépasse 1000 m dans le secteur de Saint Bonnet le froid, la température chute brutalement à -6° alors que la neige redouble dans un monde entièrement blanc aux épaisseurs supérieures à 20 cm.

Au retour dès que je descends en dessous de 1000 m, sur les plateaux du nord du Velay, la température remonte brutalement à -1° et à 0° vers 900 m puis à +1° et +2° vers 800 m alors que les précipitations passent à la pluie .Pourtant quand je redescends dans le bassin stéphanois vers 500 à 600m la température redevient négative -1 et -2° avec du verglas.

Il en résulte deux enseignements importants.

D’abord, le redoux est arrivé par les plateaux de moyenne altitude, et il est passé par-dessus les bassins, en particulier celui de saint Etienne, dans lesquels l’air froid est resté tapi au sol dans les zones basses où il résiste quelques heures. Cette remarque est un classique de la climatologie, l’air froid plus dense a toujours tendance à rester au sol alors que l’air chaud plus volatile circule au dessus. C’est une situation courante dans d’autres régions par exemple entre le massif des Vosges léché par l’air chaud quand la plaine d’Alsace reste dans l’air continental.

Ensuite le second aspect est moins connu même si sur les mêmes régions ce n’est pas la première fois que je l’observe en particulier en 1981. Dès que l’on passe au dessus de 1000 m, les conditions hivernales font de la résistance et deviennent même dantesques. L’arrivée de l’air océanique, au lieu d’améliorer immédiatement la situation, comme plus bas, l’aggrave très brutalement en quelques centaines de mètres. Une bise  se lève qui glace les pare brises et forme des congères, la sensation glaciale augmente, la température ne s’améliore pas et le froid résiste encore quelques heures.

Cette observation est à relier avec un fait que j’avais signalé dans ma thèse «  l’hiver dans le Massif Central français ». Au dessus de seuils vers 1000 et 1100m, les paramètres de l’hiver, durée de l’enneigement, épaisseur de neige, nombre de jours sans dégel, augmentent très brutalement. Tout se passe comme si, quand on dépasse un certain niveau , le relief et l’altitude devenaient capable de freiner ou d’annihiler les effets de la circulation atmosphérique générale, au moins un temps.


En vous présentant une nouvelle fois, chers auditeurs, mes meilleurs vœux, Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain ………..

Commentaire actuel : Avec des voeux vieux de 3 ans, le déplacement relaté a laissé des souvenirs dans la belle famille de l'une de mes filles!
Le mécanisme d'aggravation des conditions météorologiques au dessus de 1000 mètres au moment du redoux est le même que celui relaté au Bessat le samedi 13 décembre 2008 dans l'après-midi.
Pour la Saint Sylvestre 2005,  le forme du redoux est différente.
En 2008, on n'a pas constaté de poches de froid restant dans les zones basses.
En plus, la pluviométrie méditerranéenne dépose des couches de neige sans aucune comparaison possible.
Naturellement nous reviendrons samedi prochain 20/12/2008 dans la prochaine chronique sur l'enchainement actuel de calamités climatiques qui s'était déjà produit fin janvier et début février 1986.

Gérard Staron

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