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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 18:25

 

       La crue du jour des morts a occulté les particularités climatiques très intéressantes du dernier mois d’octobre.

D’abord sa pluviométrie très importante. Que cette dernière dépasse les 300 mm sur le versant ardéchois du Massif central est presque normal en raison de l’importance pendant cette saison des remontées pluvieuses méditerranéennes dites cévenoles, mais que des totaux dépassent 150 mm bien au delà de ces régions en particulier sur une bande centrale du département de la Loire jusque dans le fond de la plaine du Forez, la zone la plus sèche de la région Rhône Alpes, peut paraître plus exceptionnel avec plus du double du cumul moyen du mois.

Pour ma part avec 156 mm à Saint Etienne et 183 mm à Montregard, ces valeurs correspondent aux cumuls mensuels les plus élevés depuis le début de mes observations régulières.

Avec 136 mm  à Saint Etienne Bouthéon, ce mois d’octobre est le 3ème plus arrosé depuis la fin de la seconde guerre mondiale derrière ceux de 1979 et 2004. A certains postes des monts du Lyonnais comme Le Breuil il s’agit du record sur 40 ans.

Ceci s’est pourtant produit sans inondations notables contrairement au début de novembre puisque 3 épisodes principaux se sont partagés la pluviométrie le 8, le 21 et le 28 octobre. Celui du 21 présente une répartition géographique surprenante puisque les zones les plus arrosées traversent en diagonale les reliefs méridiens des monts, au bassin du Forez , des monts du Lyonnais et à la plaine de la Saône. Toutefois cette situation arrosée d’octobre a préparé l’inondation du début novembre en saturant complètement les sols.

C’est toutefois au niveau des températures qu’octobre est encore plus exceptionnel. Avec des extrêmes particulièrement marqués, on obtient à la fin une valeur égale à la moyenne des trente dernières années. Le fait s’observe autant à Saint Etienne qu’à Lyon avec des jours particulièrement chauds les 12 et 21 octobre et d’autres extrêmement froids les 4, 18 et 29 octobre. La moyenne du mois présente en fin de compte un écart symbolique de 0,1 ou 0,2° avec la normale de 30 ans du mois d’octobre de 1971 à 2000.

Octobre 2008 a pourtant accumulé d’énormes contrastes de températures avec des chutes sévères lors des descentes arctiques du 4, du 18, du 22 et du 29 octobre et des coups de chaleur violents lors des remontées de sud du 6 du 11, du 20 et du 31. Aucun mois n’a cumulé autant d’écarts quotidiens de températures moyennes supérieurs à 6° sur 24 heures.

Le plus exceptionnel correspond à la chute du thermomètre survenue entre le 21 et le 22 octobre. J’ai fait figurer sa courbe sur mon blog pour mon poste de Montregard. L’analyse de cette chute du thermomètre est intéressante car elle varie fortement de part et d’autre du massif du Pilat ce que l’on observe en utilisant les mesures des différents postes de l’association  des météorologistes d’entre Rhône et Loire. Sur le versant nord du Pilat, la chute des températures est croissante entre les 2 journées quand on descend du sommet à 1360 m à la plaine du Forez  à moins de 400 mètres. La baisse de température moyenne en 24 heures passe de 9° à la Jasserie, à 10,7° à Tarentaise, à 11° à Saint Etienne ville et 11,2° à Bouthéon. La chute est aussi très variable selon les versants d’un massif très connu comme limite climatique. Au pied  du Pilat, quand les températures baissent de plus de 11° en 24 h sur le versant nord stéphanois, elles ne choient que de l’ordre de 10° du côté lyonnais (10,4° à Bron) et de 9,7° sur la retombée méridionale à Condrieu. Ce n’est pas seulement la différence dans la violence de la descente arctique qui provoque ces écarts, mais aussi le petit effet de foehn l’après-midi de la veille sur la région stéphanoise quand le vent du sud est redescendu sur le versant nord du massif en se réchauffant.

Ces variations énormes ont parfois fait disparaître le rythme diurne des températures. Vous savez tous que  la température la plus basse se produit habituellement au petit matin puis le thermomètre monte plus ou moins dans la journée sous l’effet de l’ensoleillement pour donner un maximum dans l’après midi avant de redescendre ensuite avec la nuit. Ces variations sont fortement remises en cause chaque fois que de très grands écarts  quotidiens de températures traduisent des changements de masses d’airs, descentes arctiques ou coups de chaleur de sud  pendant ce mois d’octobre.

L’heure la plus modifiée est celle des températures minimales. 12 jours à Montregard et 9 jours à Saint Etienne le moment le plus froid de la journée ne s’est pas produit au petit matin avec des heures indues comme à 16 h le 22 octobre à Montregard ou à midi le 2 octobre à Saint Etienne.

Les heures des températures maximales ont été moins souvent perturbées, mais elles n’ont pas eu lieu dans l’après midi 5 jours autant à Saint Etienne qu’à Montregard. On constate des maximums entre 2 heures et 7 heures du matin à plusieurs reprises.

Le 31 octobre, on peut même faire des remarques truculentes avec des maximums et des minimums thermiques quotidiens espacés de l’ordre de 1 heure, le matin à Saint Etienne entre 5 et 6 heures où le thermomètre passe de 6 à 14,6° et le soir à Montregard où il monte de 1,1° à 9,2° entre 19h02 et 19h 16. Un écart digne de Rapid city dans l’ouest des Etats-Unis où le thermomètre peut passer parfois de -15° à +10° en quelques minutes, tout un programme !



Les rythmes diurnes de températures sont même effacés dans la dernière semaine du mois d’octobre autant à Montregard qu’à Saint-Etienne. A l’exception d’une petite pointe dans la matinée du 27, les températures chutent continûment pendant 4 jours consécutifs du 26 à la mi-journée jusqu’à 7 heures le 30 octobre, pour remonter pendant deux journées jusque dans la nuit de la Toussaint. Pendant toute cette semaine, les changements brutaux de masses d’airs, avec bouffées de chaleur de sud encadrant une descente arctique, en association avec la couverture nuageuse tenace sous un ciel sombre désespérément bouché, ont totalement  occulté le rythme diurne des températures. Comme si un jour s’était transformé en une semaine au niveau thermique, une situation rarissime et surprenante sous nos climats pendant aussi longtemps.

Il est difficile de trouver un mois qui ait connu comme octobre 2008 autant de changements brutaux de températures, des chutes énormes qui dépassent 11° en 24 heures alors que l’on considère que l’organisme humain commence à avoir des difficultés pour les supporter à partir de 6°, des remontées presque aussi spectaculaires, des rythmes diurnes totalement transformés avec des maximums thermiques en pleine nuit et des minimums au milieu de l’après midi. Tout ceci pour arriver à quel résultat final : des moyennes mensuelles qui sont éloignées à peine de 1 à 2 dixièmes de la normale. Voilà comment on obtient une moyenne en climatologie. Elle n’est souvent que le fruit mathématique de contrastes violents. Rarement un tel exemple ne l’avait montré avec autant de clarté. La climatologie pendant longtemps, à l’époque des pionniers, s’est contentée de comparer des moyennes. Pendant ces trente dernières années, elle a tenté de passer à l’étude des probabilités associée à celle des phénomènes extrêmes. Ce mois d’octobre 2008 montre de façon criarde que la climatologie ne peut se limiter à observer l’évolution de moyennes.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris comme toujours sur les portails internet zoom42. et zoom43.fr et ce blog .

 

 

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