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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:47

      Voilà une chronique qui aborde des calamités méditerranéennes anciennes.
Avec des points communs dans le mécanisme avec celle que nous venons de connaitre !

Chronique climatologique N°151, le 22/10/1997 avec Gérard et Marie-Gabrielle

   Nous apprenons en ce moment des nouvelles d’inondations catastrophiques en provenance des 4 coins du domaine méditerranéens. Ont été touchés, la région d’Istanbul, le Portugal entre Lisbonne et l’Algarve et enfin Israël et la Palestine à l’extrémité orientale de la Méditerranée.

   Habituellement en automne, ce sont nos régions méditerranéennes avec surtout les Cévennes qui reçoivent de tels abats pluvieux. Que peut-on en conclure?

   Les situations atmosphériques qui ont apporté ces calamités ont un air de famille avec celles qui provoquent chez nous les fameuses pluies méditerranéennes extensives ou cévenoles que l’on connait de la fin du mois de septembre à la fin octobre.

Je vous ai dit de nombreuses fois qu’il fallait la convergence de 3 éléments que l’on retrouve à peine modifiées dans la situation des pluies de Lisbonne.

--Le premier est une descente d’air froid dépressionnaire. Cette dernière est nettement amorcée sur l’Atlantique en Altitude dès le 16 octobre et au sol à partir du 17 octobre.

--Le second élément est la saturation des masses pluvieuses sur une mer chaude. Habituellement, c’est la Méditerranée qui garde toujours des eaux profondes tièdes, dans ce cas, il s’agit plutôt de l’Atlantique à une altitude suffisamment basse pour conserver à cette époque de l’année des eaux superficielles très chaudes.

--Le troisième élément est un blocage des masses pluvieuses sur la région par le fait, soit de l’orographie, soit la présence d’un anticyclone. Un nuage en lui-même stocke peu d’humidité mais quand il est régénéré en humidité continuellement à la base et qu’il déverse toujours son eau sur le même secteur géographique, ceci augmente d’autant les pluies. Dans ce cas, le blocage est à la fois le fait d’une dorsale anticyclonique visible de l’Espagne à la France en Altitude dès le 17 octobre, mais aussi le résultat en arrière de la côte portugaise des reliefs de l’Algarve, de l’Alentejo ou du Beira Alta.

   Dans ces conditions, comment expliquer le décalage géographique qui protège en grande partie la France seulement touchée par l’incident d’Alès et qui affecte les deux extrémités des zones méditerranéennes avec le Portugal et la Palestine ?

   Les grosses pluies méditerranéennes correspondent à une ondulation du jet Stream avec une branche descendante qui correspond à la descente froide suivie d’une branche montante où s’effectue le blocage et les fortes pluies. Dès le 17, on remarque que deux ondulations de ce type sont en place. La première avec sa branche descendante sur l’Atlantique et sa branche montante sur la péninsule Ibérique. La catastrophe se produit sur le Portugal à l’endroit où les masses pluvieuses abordent une côte orientée de façon méridienne. On remarque une seconde ondulation sur la méditerranée orientale avec sa branche descendante de la mer du nord à la mer Adriatique selon une orientation de nord-ouest très visible en altitude. Là encore, la catastrophe se produit quand les masses pluvieuses atteignent le littoral orienté nord-sud de la Palestine.

C’est ainsi que l’on trouve deux ensembles atmosphérique similaires produisant les mêmes effets décalés à la même latitude de plusieurs milliers de kilomètres et séparés par une dorsale anticyclonique qui s’étire de l’Afrique du nord jusqu’à la France.

Habituellement dans les pluies Cévenoles qui touchent la France, l’ondulation du jet Stream est à l’emplacement de cet anticyclone avec la branche descendante froide sur le Golfe de Gascogne. La recharge en humidité sur les golfes du Lion ou de Gènes et un blocage sur les Pyrénées ou les Alpes. On a donc bien des phénomènes de mêmes nature avec un déplacement géographique patent.

   Ce déplacement géographique est-il courant? Les grosses pluies méditerranéennes d’automne touchent surtout quelles région?

 

   L’Analyse des régimes pluviométriques sur le pourtour de la méditerranée est intéressante pour fournir une réponse. Au Portugal et sur l’Espagne de l’ouest, la saison arrosée est surtout l’Hiver. A l’autre extrémité du bassin méditerranéen de la Grèce jusqu’au fond de la Méditerranée orientale, la saison la plus arrosée est aussi l’hiver. Par contre entre les deux du Levant Espagnol jusqu’à l’Italie en passant par la France, la saison la plus arrosée est surtout l’Automne et parfois le printemps en raison de la même situation atmosphérique.

Pour l’instant, force est de constater l’inversion géographique des catastrophes pluvieuses de cette année dans l’ensemble de la zone méditerranéenne. Au centre de la méditerranée occidentale où habituellement on connait des crues catastrophiques, il n’y a eu cette année que le petit incident d’Ales. Aux deux extrémités occidentales et orientales où habituellement ces grosses pluies ne se produisent qu’en hiver, cette année on a des catastrophes d’automne.

   Serait-ce une anomalie de la circulation générale de l’atmosphère de plus en 1997?

   Il est vrai qu’elles sont légions cette année. L’anticyclone des Açores prend sa position d’été de février à mai, puis en septembre sur l’Europe. Des descentes d’air froid parfaitement incongrues en juin et juillet. Des trajectoires d’orages qui affectent des régions océaniques habituellement peu sensibles et maintenant des pluies d’automne à la répartition géographique particulièrement originale. Certain vous diront que c’est l’année d’El Niño, ce petit courant chaud dont je vous ai déjà entretenu. Soyons sérieux, il n’y a aucune preuve de corrélation, il n’en reste pas moins que 1997 restera très certainement comme une année aux particularités certaines pour la circulation générale de l’atmosphère.

Gérard Staron
La prochaine chronique N°701 sera consacrée à une analyse des inondations du week-end de la Toussaint 2008.

Pour en savoir plus sur les calamités méditerranéennes d'automne, vous pouvez aussi consulter cet article de la revue de géographie de Lyon que j'avais effectué après la catastrophe de vaison la Romaine :

Chronologie des catastrophes pluvieuses dans le sud de la France / Chronology of exceptional rainfall in southern France  

Gérard Staronlien Géocarrefour  lien Année  1993 lien Volume  68 lien Numéro  68-2-3 lien pp. 91-100

 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1993_num_68_2_5845?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false

 

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