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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 18:34

              
                   Les intempéries en Ardèche Drôme et Isère (3-6/09/2008)

  Trois vagues successives de pluies intenses ont remonté la vallée du Rhône en progressant du sud vers le nord sur les mêmes régions selon l’axe de la vallée en débordant jusqu’au pied du Jura :

--- La première sur la journée du 3 septembre a fait sentir l’essentiel de ses effets au niveau de Montélimar qui a reçu 128 mm

--- La seconde a frappé un peu plus au nord essentiellement dans la région de Tain Tournon dans la journée du 4 septembre

--- La troisième vague du samedi 6 au matin est remontée encore plus au nord sur le secteur de Vienne, le sud de l’agglomération Lyonnaise et a débordé jusqu’au pied du Jura et la région de Genève en Suisse qui a reçu 55 mm en 24 heures.

On peut constater le rôle des petits reliefs qui barrent la vallée : crêtes urgoniennes au niveau de Montélimar, défilé de Tain-Tournon, et enfin celui de Vienne. Ils se sont révélés autant de petits obstacles qui ont focalisé les paroxysmes de l’épisode pluvieux.

Autre particularité surprenante, la pluviométrie s’est concentrée sur un axe étroit dans le fond de la vallée en délaissant totalement les montagnes qui l’encadrent.

Les fortes pluies ne débordent pas sur les hauteurs de l’est du Massif central des Cévennes au Pilat. Saint Etienne sur l’autre versant du Pilat par rapport à Vienne reçoit seulement 38,6 mm pour l’ensemble de l’épisode contre 92 mm à Roussillon (observations de Claude). Pour samedi, le jour critique l’écart va de 2 à 46 mm. Montregard sur les confins des hauteurs du Vivarais et du Velay, au niveau de Tournon, a seulement reçu 27 mm pour l’ensemble de l’épisode, alors que la sous préfecture de l’Ardèche ployait sous plus de 100 mm d’eau.

Les Alpes, sauf le rebord des Préalpes, sont indemnes de grosses précipitations jusqu’au samedi. Ensuite, les grosses pluies s’étendent au grand massif montagneux, en particulier au versant sud des Alpes tessinoises avec 175 mm à Piotta. De grosses précipitations qui s’engouffrent dans une zone basse en délaissant les reliefs majeurs situés de part et d’autres habituellement en première ligne, voilà qui est un défi à la climatologie classique !

Autre particularités de l’épisode, la nature des sols a eu un rôle majeur. Les secteurs inondés sont situés sur ce que l’on nomme les terres froides du Dauphiné. Ces terrains glaciaires lourds à dominante argileuse avec des reliefs d’anciennes moraines retiennent l’eau en surface. Ceci a d’autant plus d’importance en raison du caractère répétitif des pluies pendant 4 jours. Les sols ont été rapidement saturés et le ruissellement facilité ensuite. Ces reliefs peu consolidés correspondent à des roches qui gonflent et perdent la rigidité de leur structure sous l’action de l’eau, ce qui facilite d’autant la forte charge alluviale des écoulements, les glissements de terrains ou « frane » et les coulées de boues ou « alluvione » selon nos amis italiens, signalés à de nombreuses occasions. Ceci explique que les inondations ont été des phénomènes localisés sur des petites rivières et ruisseaux souvent inconnues du grand public et aux bassins versants peu étendus. Les débordements concernent les zones basses, aux pentes faibles et à l’écoulement plus difficile avec accumulation et stagnation dans les bas-fonds.

A l’opposé, Les secteurs amonts et montagneux  n’ont pas réagi, alors qu’en temps ordinaires ils émettent les ondes de crue vers l’aval. Le Rhône et aucun de ses affluents majeurs n’ont débordé de façon significative alors qu’ils sont en première ligne dans une crue classique.

La seule grande rivière à avoir réagi de façon importante est le Doux, qui n’a pas justifié son nom. La crue se forme surtout dans le cours aval entre Lamastre et Tournon. On distingue 3 intumescences successives en liaison avec les 3 averses. Leurs niveaux croissent. La première, le 3, ne dépasse pas 2 mètres. La seconde du 4 atteint 2,5 mètres, et la troisième du 6 à la mi-journée, arrive à 5 mètres, ce qui place l’événement légèrement en dessous des débordements historiques de décembre 2003 avec 5,50 mètres et du 3 août 1963 avec 6 mètres, mais au dessus de celui d’octobre 1995 à 3,15 mètres. Dans cette hausse des ondes de crues, l’augmentation des coefficients d’écoulement en raison de la saturation des sols joue un rôle primordial au fur et à mesure des averses.

Voilà une série de particularités originales à expliquer. 3 éléments se sont ajoutés pour donner cet épisode atypique.

 --- Déboulent des perturbations du nord-ouest qui descendent en liaison avec la dépression centrée sur l’Angleterre. Quand elles arrivent sur le continent réchauffé, elles prennent un caractère orageux. Ceci s’est répété à chaque épisode de mauvais temps de cet été et la perturbation qui arrive le 3 septembre ne parait pas plus active que ses devancières. Elle amène toutefois par-dessus le Massif central, un air frais en altitude : 13 à 16° dans les basses couches, -16 à -18° au niveau de la surface des 500 hpa. Surmontant la cuvette de la vallée du Rhône par-dessus les reliefs du Mézenc au Pilat,  cet air froid supérieur a stimulé l’instabilité des masses nuageuses.

--- Sur le flanc de l’anticyclone oriental, un flux de sud, chaud et humide, en provenance de la Méditerranée, remonte la vallée du Rhône. Il ne parait pas très actif près de la « Grande Bleue », mais quand il arrive sous cet air froid en provenance du nord, un phénomène de cheminée se met en place. Des serpentins orageux s’activent dans le sillon Rhodanien et remontent vers le nord dans le fond de la vallée sans vraiment déborder sur les montagnes voisines.

--- Enfin comme le montrent les images de satellite transmises par Claude visibles sur mon blog, la perturbation reste sur place. Elle est bloquée du 3 au 6 septembre par l’anticyclone centré de la mer Ionienne à l’Europe centrale qui s’appuie sur l’Arc Alpin pour empêcher toute progression des pluies vers l’est. Ces dernières ne déborderont sur les Alpes qu’à la fin quand l’anticyclone a décidé de commencer son repli. Ce type de blocage sur les Alpes est classique mais d’habitude les pluies correspondantes arrosent les Cévennes ou les régions littorales et non pas l’intérieur de la vallée du Rhône.

J’analyse depuis très longtemps les grands épisodes pluvieux méditerranéens par articles et ouvrages[1]. C’est bien la première fois que j’en rencontre un aussi particulier, un véritable défi aux lois de la climatologie traditionnelle ! Un mélange peu ordinaire de situation pluvio-orageuse d’été et de pluie méditerranéenne loin de la Méditerranée.

Cet épisode n’est pas exceptionnel par l’importance des pluies déversées, ni les dégâts provoqués, dans le passé des exemples dramatiques dépassent 200 mm en 24 heures ! Ce n’est pas le cas cette fois.

Tous les livres de climatologie apprennent….

--- Que les reliefs sont plus arrosés que les dépressions, l’inverse ici

--- Que les régions littorales sont plus arrosées que les zones intérieures, encore l’inverse

Au moment où les climatologues de l’AIC francophone sont réunis à Montpellier, cet épisode atypique devrait inspirer à tous plus de modestie devant les facéties de la nature et les variétés infinies de la création, impossibles à faire rentrer dans les carcans idéologiques étroits et qui n’ont pas fini de nous surprendre! 
   

Au moment où l’on apprend un nouvel épisode orageux dans le Pas de Calais, Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, ce texte étant repris sur les portails Internet, zoom42 et zoom43.fr et ce blog.



[1] G. Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? » 2003 Editions ALEAS 15 quai Lassagne 69001 LYON ouvrage disponible auprès de l’éditeur ou de l’auteur

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