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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 13:30


              Chronique climatologique N°197, 23/09/1998 avec Gérard et Marie-Gabrielle

 

    Toute la France  a suivi pendant le week-end dernier les tribulations du cyclone Georges qui avait été annoncé comme l’un des plus violents de ces dernières années, plus que Hugo avait-on dit, et qui s’est dégonflé en abordant les Antilles Françaises. Pourquoi la montagne a-t-elle accouchée d’une souris ?

L’évolution d’un cyclone est très souvent  extrêmement capricieuse, que ce soit au niveau de sa trajectoire que de sa violence, son évolution peut présenter des particularités étranges, c’est autant valable pour les conditions de  formation, que pour celles de  disparition. Dans la plus grande partie des cas, ces ouragans sont issus de la transformation d’ondes d’est  qui circulent sur l’Atlantique, du continent Africain au Golfe du Mexique. En moyenne 70 ondes se déplacent chaque année sur l’océan pendant la saison chaude et heureusement moins d’une sur dix se transforme en ouragan.

La condition essentielle pour obtenir  un cyclone concerne la température de la couche superficielle de la mer qui dépasse au moins 26° ou 27° sur une profondeur d’au moins 60 m.      

Cette chaleur permet une évaporation intense et des transferts d’humidité de l’océan vers l’atmosphère. Ces conditions sont maximales à la fin de l’été, en particulier en Août et Septembre, où la surface de la mer peut atteindre dans ces régions 28 ou 29°.

En temps ordinaire, un cyclone perd de la violence dans deux cas, le premier quand il aborde une masse continentale, le second quand il passe sur les océans des régions tempérées où les eaux sont plus fraiches. En effet, il perd sa source d’énergie, l’eau chaude, son véritable carburant. Force est de constater que Dimanche, quand il a perdu de sa puissance aucune de ces deux conditions n’était remplie, il y a  donc eu un phénomène mystérieux.

Ce n’est pas le premier ouragan à connaitre de façon intempestive des modifications d’intensité bizarres. Par exemple l’ouragan Noël, du 27 septembre au 7 octobre 1995, apparait à une latitude assez basse, vers le 11ième degré de latitude à mi-distance entre l’Afrique et les Antilles. Il se déplace ensuite vers le nord. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, il se renforce du 28 au 30 Septembre, avant de perdre de sa puissance et de redevenir une perturbation tropicale. Le 4 octobre, alors qu’il est pourtant sur des eaux peu chaudes, il subit un fort regain d’intensité pendant à nouveau 2 jours avant de se désagréger dans la nuit du 6 et 7 octobre. Les raisons de son évolution resteront mystérieuses.

N’y-a-t-il pas aussi des problèmes au niveau des trajectoires ?

Les ouragans les plus classiques de l’atlantique nord naissent à proximité des Iles du Cap Vert puis suivent une trajectoire parabolique. Ils commencent par une provenance d’est qui les rapproche des Antilles puis le trajet s’incurve progressivement en direction du nord pour passer au large d’Haïti, et de la Floride. Enfin on retrouve ces cyclones dans l’Atlantique où ils partent en direction du nord-est. Beaucoup ont des trajectoires farfelues, en plein Atlantique ils peuvent directement obliquer vers le nord sans atteindre les Antilles (à leur grande joie) comme Isidore à Noël. Certains peuvent partir de la mer des Caraïbes en direction des côtes des Etats-Unis. Certains, à un moment de leur évolution peuvent ralentir puis ensuite repartir comme Lilli en 1996, d’autres peuvent tourner sur eux-mêmes, souvent au niveau des Bermudes, comme  par exemple Félix en 1995 et Florence en 1994. D’autres peuvent terminer en Amérique Centrale après avoir traversé la mer des Caraïbes. Toutes les fantaisies sont permises et l’on ne peut jamais savoir comment va évoluer un ouragan.

Ces changements brusques d’intensité et de trajectoire peuvent-ils avoir des conséquences sur les populations ?

Cette versatilité des ouragans oblige de les suivre en permanence et d’adapter au mieux le système d’alerte pour permettre au mieux la protection des populations.

On peut considérer qu’il y a 3 cas :

--- Le premier correspond aux cyclones venant du Cap vert. Ils sont  bien individualisés, la population est prévenue et ils sont effectivement  annoncés, comme par exemple le cyclone Hugo, des dégâtsqui les accompagnent.

--- Le second, assez rare, a été connu dimanche dernier. Le cyclone est attendu, la population est prévenue, mais au dernier moment une déviation de trajectoire ou un changement d’intensité éloigne ou diminue un danger que tout le monde pensait catastrophique. Par contre, d’autres iles pourront avoir une aggravation.

--- Le troisième cas est le plus dangereux et correspond à ce qui a été vécu lors du cyclone Marylin dans les Antilles françaises. Une dépression tropicale banale est annoncée puis elle se creuse et se transforme en ouragan  au niveau de la Guadeloupe ou de la Martinique. L’alerte vient trop tard, une partie de la population ne prend pas de précautions particulière. De ce fait les dégâts sont plus importants par effet de surprise.

Autre problème, les alertes et la classification des cyclones se font exclusivement selon la vitesse des vents. Les Iles des Antilles et les régions cotières peuvent faire l’objet de très fortes précipitations corrélatives tout aussi catastrophiques et provoquer des coulées de boues : par exemple 44 morts avec Dorothy ou 2 morts avec Iris. Quand ces tempêtes tropicales ne s’accompagnent pas de phénomènes anémométriques graves, elles ne font pas forcément l’objet d’alertes et les populations continuent à vaquer à leurs occupations. D’une façon générale, l’amélioration du suivi météorologique a provoqué la baisse considérable du nombre des victimes sur les Antilles françaises, avant 1970 des ouragans comme Edith, Cléo, Ines, Beulah ou Dorothy, provoquaient  10 morts et plus. Depuis Hugo en 1989 aucun n’a atteint ce nombre.

Toutefois, le même ouragan peut faire de nombreux morts dans les zones sous-développées des Antilles et aucun dans les pays dotés de bons systèmes de prévisions météorologiques et d’information des populations. Georges qui n’a produit que des dégâts matériels dans les Antilles françaises, a fait plus de 12 morts à  Saint-Domingue. Ceci ne s’explique que par l’état précaire des habitations et des précautions dans un pays à l’économie très pauvre.

Au plaisir de vous retrouver vendredi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie.  

 

Commentaire actuel :

En pleine saison 2008 des cyclones,Gustav, Hannah, Ike etc   aux facéties multiples, reprendre les tribulation de Georges, il y a 10 ans, présente d’autant plus d’intérêt qu’elles n’étaient pas terminées. Après la 197, j’avais dû alors lui consacrer la Chronique 198, bientôt sur ce blog

 

Gérard Staron  http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

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