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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 18:33

 

 

   Les catastrophes naturelles de l’année 2005 sont relativement faibles en particulier chez nous, le bilan des inondations, des tempêtes, de la canicule et même de la sécheresse en France et  en Europe est relativement faible depuis le début de l’année. Par contre il y a deux domaines dans le monde qui défrayent la chronique, les séismes et leurs conséquences depuis le passage de 2004 à 2005 marqué par le tsunami d’Asie, et les cyclones dans le golfe du Mexique. Si le premier type n’est pas de la compétence de cette chronique, je dois réparer un relatif silence pour le second puisque pour l’instant je n’ai consacré qu’une moitié de chronique sur ce sujet.

La recrudescence de cyclones violents dans le golfe du Mexique ne sert pour l’instant qu’à deux choses quand on analyse la relation qui en a été faite : d’abord suppléer médiatiquement le manque de catastrophes climatiques chez nous pour les relier au réchauffement de la planète. Je livre à votre réflexion cette remarque d’une compagnie d’assurance pour préparer à l’augmentation de ses tarifs en France « l’année 2005 fera date dans les annales climatiques, Aux Etats Unis le cyclone Katrina a causé un désastre d’une ampleur inégalée, conséquence du réchauffement climatique » une vraie forme de militantisme.

Ensuite ces cyclones et en particulier Katrina ont permis de reprendre le sport favori de nombreux médias français, le dénigrement systématique du président actuel des Etats-Unis.

Je ne suis pas sûr que le problème se pose en ces termes.

Il est clair que les années 2004 et 2005 ont marqué une augmentation très sensible du nombre de cyclones violents affectant des terres habitées et les USA dans l’Atlantique nord.

Si on prend en compte les événements baptisés ( tempêtes tropicales et cyclones) sur l’Atlantique nord, la moyenne sur 3O ans ou plus donne des valeurs proches de 10. Sur les 10 années de 1994 à 2003 cette moyenne monte à 12,9. En 2003, le nombre est de 16, en 2004 il est semblable, et on atteindrait 21 en 2005 avec le cyclone Wilma. Pour les seuls cyclones l’inflation est moindre puisque l’on est simplement passé de 6 à 7.

Le seul problème, cette inflation cyclonique ne touche que l’Atlantique nord. Les autres régions cycloniques sont stables ou voient une baisse des événements qu’elles subissent. Sur l’Océan Indien sud-ouest, dans lequel se trouve la Réunion, par rapport à une moyenne 1960- 84, depuis 1985,  4 années  dépassent cette moyenne contre 12 très en dessous pour les tempêtes tropicales. 4 années  dépassent cette moyenne contre 8 qui ne l’atteignent pas pour les cyclones. Il en est de même sur le Pacifique où les années récentes sont inférieures à la moyenne des 30 dernières années. Ce qui se passe actuellement concerne exclusivement l’Atlantique nord, il ne saurait être étendu à l’ensemble de la planète. C’est le premier mystère, pourquoi l’Atlantique nord connaît elle seule cette recrudescence ?

La seconde nouveauté de ces deux dernières années concerne la trajectoire des cyclones de l’Atlantique nord. La plupart traverse l’Atlantique d’est en ouest à partir des iles du Cap vert en se nourrissant des eaux chaudes de cet océan entre le 10eme et le 20ème degré de latitude nord. Il faut en effet une température de l’eau de mer supérieure à 27° pour que ceux-ci se déclenchent. Quand les cyclones approchent du continent américain, leur trajectoire s’incurve vers la droite, ils effectuent un virage et repartent vers l’est en suivant le Gulf Stream. Depuis 2 ans un nombre plus important d’entre eux ratent ce virage, ils viennent dans la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique. Beaucoup de cyclones très violents ne touchent aucune terre, les médias les ignorent quand les navires et avions ont aujourd’hui les moyens de les éviter, or quand ils rentrent dans la mer des Caraïbes la probabilité d’affecter une terre devient importante : Antilles, sud des USA, Mexique, Amérique centrale. Dans ce cas l’impact augmente de façon spectaculaire. En temps ordinaire ces cyclones qui viennent se perdre dans la mer des Caraïbes sont peu nombreux. Par exemple en 2003, sur 16 dépressions tropicales et 6 cyclones, 6 dépressions tropicales dont un seul cyclone de classe 1 viennent se perdre dans le pourtour habité de la mer des Caraïbes. Ensuite, quand ils rentrent dans la mer des Caraïbes, ils perdent  rapidement de leur puissance et leurs dégâts sont faibles. La nouveauté de 2004 et surtout de 2005 correspond à une augmentation de leur puissance dans la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique. La température très chaude de ces mers intérieures est présentée comme une explication, mais alors pourquoi ces années ?

Il en est des cyclones comme des autres types d’inondations. Quand ils affectent des régions qui ont moins l’habitude que d’autres de les recevoir, le risque qu’ils provoquent de grosses catastrophes est d’autant plus grand. Le fait a été prouvé très souvent chez nous[1].

Le phénomène s’est vérifié cette année en Amérique. On l’a vu avec le cyclone Vince. La région de Cancun et le Yucatan au Mexique ont eu relativement plus de dégâts au fond du golfe du Mexique que la Floride qui est habituée à recevoir plus couramment ces cyclones avec 4 en 2004. Pourtant Vince n’est pas passé au maximum sur le Yucatan puisqu’il s’est infiltré dans le détroit entre la presqu’île et Cuba. Chaque fois qu’un cyclone frappe au fond du golfe du Mexique ou des Caraïbes, régions moins habituées, moins développées c’est dramatique : exemple Mitch au Honduras.

  La Nouvelle Orléans n’avait pas connu de cyclone depuis très longtemps, c’est certainement la principale raison pour laquelle l’entretien et la solidité des digues qui protègent la ville étaient obsolètes. C’était important car une grande partie de la ville est placée à une altitude inférieure à celle des eaux du lac Pontchartrain et du Mississippi qui l’encadrent. C’est classique dans un Delta. Les alluvions exhaussent le cours des fleuves avec des bourrelets de crues et beaucoup d’espaces habités ou pas sont positionnés en dessous. Un rapport du Congrès l’avait signalé en 2004, ce qui a permis d’attaquer l’administration américaine en place.

Ceci m’inspire 3 réflexions peu entendues à ce jour, hélas :

--- Connaissez-vous un seul état au monde capable dans l’année qui suit un rapport parlementaire d’effectuer les travaux liés à son application alors que le risque n’avait pas affecté la région depuis très longtemps ?  Sûrement pas la France !

--- Même si des travaux avaient été effectués, je ne connais pas, sauf parfois aux Pays Bas, mais pas en février 1953, hélas pour eux, de systèmes de digues capables de résister à de très grosses montées des eaux cumulées et à des vents violents. Une digue est un pis allé. Plus vous haussez, son niveau, plus vous augmentez la pression sur les bords et elles craquent aussi facilement. Je peux vous citer des fleuves, la Loire, où on a exhaussé les digues à chaque inondation et pourtant à la suivante elles cédaient……. Une digue n’est une protection valable que pour un risque moyen, même avec les travaux que l’on reproche à l’administration américaine, je crains que des brèches se soient produites en raison des circonstances exceptionnelles.

--- La Nouvelle Orléans a été aussi victime de l’urbanisme et de la croissance des villes.  Dans les deltas, le centre historique ancien est bâti sur une zone un peu plus haute et n’est pas inondé car protégé par cette petite différence d’altitude. Le vieux quartier français de la Nouvelle Orléans a été épargné de l’inondation, comme le centre romain d’Arles en décembre 2003 sur son chicot rocheux crétacé. Par contre les extensions urbaines récentes se font autour dans des zones plus basses qui sont d’autant plus sensibles au risque et recouvertes qu’elles se situent en dessous du niveau du fleuve………

 

Commentaire actuel : Au moment où un nouveau cyclone aborde la Louisiane et la Nouvelle Orléans, l’analyse effectuée après Katrina, en 2005 devient à nouveau d’actualité.

 

Gérard Staron

 

 



[1] Gérard Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? » 2003  Editions ALEAS 15 quai Lassagne 69001 LYON, 222 pages

Disponible auprès de l’auteur ou de l’éditeur…

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