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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 13:05

 

              Tornade au nord, canicule au sud : Un cocktail détonnant.

     L’actualité météorologique est lourde cette semaine.

Dimanche 3 août, Météo France a décidé d’une alerte orange pour canicule sur le département des Bouches du Rhône. Le même jour vers 23 heures, une tornade affecte Haumont à proximité de Maubeuge dans le nord de la France sans aucune alerte météo.

Les deux événements ne sont pas de même ampleur.

La canicule des Bouches du Rhône, solennellement annoncée, n’est qu’un phénomène normal en été pour les régions du midi méditerranéen. Les températures maximales atteintes à Marseille Marignane et au Luc, ce jour, n’atteignent que 35,7° et 33,2° le 3 août.  Elles sont notablement inférieures à celles des autres canicules que ce soient celles de Août 2003, juillet 2006. Ce sont des niveaux atteints presque une année sur deux dans des régions méditerranéennes chaudes  de façon classique en été.

Au contraire la tornade dans le nord est un phénomène exceptionnel avec circonstances aggravantes. Au niveau du mécanisme, je vous renvoie à mon blog : http://gesta.over-blog.com où deux chroniques anciennes présentent le phénomène.  La nature des dégâts effectués sur la structure des habitations montre qu’il faut classer cette tornade en classe 4 ou 5, les plus fortes sur l’échelle de Fujita. L’ampleur géographique est aussi plus importante que celle des rares tornades qui affectent la France. Le survol présenté par TFI montre une longueur de près de 10 Km et une largeur de plusieurs centaines de mètres au maximum de la puissance. La France a connu une catastrophe d’ampleur américaine, le pays des tornades. Circonstance aggravante, le phénomène qui a débuté en zone rurale a connu son paroxysme en abordant la zone urbaine, celle où les dégâts potentiels sont les plus importants. En France le plus grand nombre de tornades, de faible puissance, passe presque inaperçu sur des zones rurales inhabitées.

Au niveau de l’étude climatique, le seul point commun des deux calamités est la présence d’air chaud. La suite est totalement différente.

En cas de canicule, l’air chaud s’accumule au sol en raison d’un couvercle anticyclonique qui l’emprisonne dans les basses couches de l’atmosphère. La chaleur est accentuée par le relief de cuvettes dans le cas des Bouches du Rhône dans une zone basse entourée de montagnes.

Lors d’une tornade, l’air chaud est violemment propulsé en altitude sous un orage en raison d’un fort contraste thermique entre le sol chaud et l’altitude froide. Cette opposition est réelle ce dimanche 3 août, mais elle ne suffit pas à expliquer la violence extrême.

Habituellement, les tornades se produisent au maximum de l’accumulation de chaleur de la journée ce qui n’est plus le cas vers 22 ou 23 heures, où les températures ont perdu déjà plusieurs degrés. Dans l’après midi, il fait entre 22 et 24°. Vers 22 et 23 heures, entre 18 et 20° sur la région.

Le relief modéré n’est pas de nature à augmenter ce contraste dans des zones planes même si l’on aborde le pied des Ardennes.

La tornade traverse indifféremment des milieux géographiques contrastés aux caractéristiques thermiques diverses sans pour autant arrêter sa progression : prairies agricoles, puis forêt, et enfin la ville.

Il faut donc ajouter une autre hypothèse !

Dans les images transmises par Claude des 3 et 4 août, que vous trouvez aussi sur mon blog, un aspect attire l’attention. Une masse informe de nuages le 3 au matin sur l’océan est devenu un front structuré très compact le 4 en fin de nuit. Très surprenant, comme si un affrontement important s’était produit ! La région touchée est à mi chemin entre Lille et Charleville-Mézières. En analysant les conditions à ces deux stations, on se rend compte qu’en début de nuit, un contraste horizontal énorme existe au niveau de la pression atmosphérique avec 3 hpa de différence et des températures avec plus de 2 °d’écart au moment de la tornade. A l’heure fatidique, cette région du nord est celle ou ce contraste géographique de pressions et de températures est le plus fort en France sur une distance limitée.

Ce dimanche, une perturbation pluvio-orageuse aborde la France, tous les modèles météorologiques prévoient qu’elle va balayer sans encombres l’anticyclone méditerranéen. Or ce n’est pas le cas, les hautes pressions font de la résistance. Mes propres prévisions météorologiques de dimanche et lundi sur la Loire et la Haute Loire en ont été la victime, Les orages et pluies prévus sont repoussés par l’anticyclone de plus de 100 km vers le nord. Cette résistance inattendue des hautes pressions explique-t-elle la violence extrême de cette tornade de Haumont. Elle a bloqué l’avancée de la perturbation en augmentant l’instabilité de l’atmosphère. C’est la seule hypothèse possible, mais ce phénomène exceptionnel risque de garder encore très longtemps son mystère.

Le dernier enseignement de cet événement est la faillite totale du système d’alerte jaune, orange et rouge de Météo France en matière d’orages

Je ne traiterai pas de l’alerte de canicule des Bouches du Rhône, d’ordre idéologique pour justifier tous les discours, décisions sur le sujet depuis 2003 !

Les tornades comme les traînées de grêle  accompagnent ponctuellement les orages. En l’état actuel des connaissances météorologiques, il est quasiment impossible de déterminer leur présence à l’avance, comme leur importance et surtout leur localisation géographique, à l’intérieur de l’ensemble pluvio-orageux.

Depuis le début de juillet, dès qu’une situation orageuse se présente, une moitié des départements français est mise en alerte orange. Ceci s’est produit autant avant qu’après ce triste dimanche, or ce jour fatidique, il n’en fût mystérieusement rien, pourquoi ? Des raisons météorologiques quasiment identiques ne justifient pas de traitement différent le jour où un fait majeur se produit.

Autre problème, lors de chacune de ces alertes, il faut mettre un nombre de département important en alerte « orage » et orange alors que les phénomènes vraiment dangereux, que ce soient la grêle comme jeudi à Montfaucon, le vent violent dans le Cher, ou les tornades, n’affectent que des zones ponctuelles, sur quelques kilomètres carrés à l’intérieur des masses nuageuses. Cet énorme écart d’échelle géographique s’explique par la nature même des orages, qui présentent des paroxysmes locaux parfois très dévastateurs qu’il est impossible de détecter précisément à l’avance au milieu d’une zone vaste.

Météo France a-t-elle été victime du syndrome de la fable de la Fontaine, « Le berger et le loup ». C’est toujours au moment critique que l’alerte n’est pas faite ou qu’elle n’est pas comprise et appliquée !

Le ciel vient de nous rappeler qu’il convient d’être extrêmement humble et modeste, moi aussi, par rapport à des phénomènes que nous ne maîtrisons pas et même parfois n’expliquons pas complètement.

Tous les climatologues et météorologues devraient comprendre cette vérité première. Pourtant il faudra en convaincre beaucoup et surtout le responsable météo des jeux olympique de Pékin qui  aurait dit selon le traducteur à propos du risque de pluie sur la cérémonie d’ouverture : « la situation météo est compliquée. S’il y a des risques de pluies, on fera ce que l’on peut pour les limiter » sans commentaire.

    Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, texte repris sur les portails Internet zoom42 et zoom43.fr et ce blog .

 

 

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