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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 22:52

 

        Le Tour de France se termine après un passage dans la Loire. Il a joué au chat et à la souris avec des conditions climatiques difficiles, un moyen d’effectuer un panorama géographique des régions françaises.

Au travers de ses pérégrinations sur nos terroirs, il a subi presque toutes les sortes de vent de notre pays mais ce ne sont pas les plus connus qui ont eu le plus d’impact sur la course.

Je vous ai déjà expliqué comment une dépression centrée sur l’Angleterre avec le passage des perturbations associées a provoqué des vents de sud-ouest puis ouest sur les premières étapes Bretonnes du 5 au 7 juillet. Sans vraiment souffler en tempête, les vitesses ont atteint des rafales de l’ordre de 60 à 80 km/h. En dépit des annonces intempestives, ce n’est pourtant que lors de la 3ème étape arrivant à Nantes que le vent a influencé l’épreuve avec les bordures le long de l’estuaire de la Loire (chronique n°685).

Arrivé près des rives de la Méditerranée, la course a subi la tramontane sous un ciel lumineux apportant une chaleur ensoleillée lors des étapes arrivant à Narbonne et à Nîmes. Quand l’air apporté par les perturbations de nord-ouest qui balayent la moitié septentrionale du pays, redescend vers la Grande bleue, il s’accélère. Le Tour traverse des régions traditionnellement ventées en particulier celle de Narbonne au débouché sur seuil de Naurouze.  Avec des vitesses semblables à celles de Bretagne, il ne s’est rien passé, ou si peu, seulement quelques coureurs égarés dans la ficelle et lâchés dans les derniers kilomètres.

C’est pourtant dans une région moins connue pour son vent violent, la Planèze de Saint-Flour que la passe d’arme la plus sérieuse s’est produite avec le coup de bordures crée par l’équipe CSC dans l’étape Brioude-Aurillac. La Planèze de Saint-Flour est une ancienne coulée volcanique en provenance du Cantal qui a été mise en valeur par l’érosion. C’est devenu un plateau qui justifie parfaitement son nom par sa topographie très plane à des altitudes vers 1000 à 1100 mètres. Ce jour là, une situation orageuse s’accompagne d’un vent de sud-ouest dont la direction arrive de côté sur le secteur qui conduit les coureurs en direction de Murat dans un paysage de prairies entourées de petits murets de basaltes. Un groupe arrive à plus de 10 minutes !

Une autre fois l’équipe danoise CSC a utilisé le vent, plus précisément une brise de vallée, pour anéantir  l’échappée de Rémi Di Grégorio et aussi empêcher le retour de leaders attardés dont Valverde, dans la grande étape Pyrénéenne. Dans le secteur de vallée du Gave de Pau compris entre le bas de la Descente du Tourmalet à  Luz-Saint-Sauveur et la région de Lourdes, les concurrents ont dû effectuer un effort imprévu. Dans un secteur en légère descente, ils ont dû s’opposer à un vent de face que rien n’annonçait au niveau de la situation générale de l’atmosphère, avec un bel anticyclone sur les Pyrénées. L’ensoleillement accumule la chaleur dans les vallées intra montagneuses et l’air chaud remonte ensuite vers les sommets canalisé par la vallée, c’est ce que l’on nomme la brise de vallée qui s’établit dans l’après midi, au moment du passage des courses cyclistes. Dans notre ouvrage, « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » nous relatons un déroulement de course similaire dans le passé sur ce secteur. Le 14 juillet 1971, déjà une fête nationale, Van Impe passé en tête au sommet du Tourmalet, avait perdu tout son avantage dans la même portion de vallée en raison du même vent. L’équipe CSC d’origine danoise semble connaître et utiliser parfaitement la géographie et la climatologie de notre pays, un élément de son succès !

La course a été affectée par des précipitations importantes lors de l’étape arrivant à Toulouse et celle partant d’Embrun en direction de l’Italie lors de 2 week-ends successifs. Les situations météorologiques sont identiques avec l’arrivée d’une perturbation de nord-ouest sur la France. Quand l’air froid qu’elle véhicule arrive sur celui réchauffé de la France, l’instabilité de l’atmosphère est accentuée et fournit des cellules orageuses qui traversent la France du sud-ouest au nord-est en suivant le front froid.

Le 12 juillet sur l’étape de Toulouse, ce type de précipitations concerne le Bassin Aquitain. Il tombe dans l’après midi 16,4 mm à Albi  et 21 mm à Toulouse Francazal. L’étape se situe dans une diagonale orageuse de l’Espagne au Jura.

Le 20 juillet, les régions les plus arrosées concernent le versant nord des Alpes, le Tour qui circule dans les Alpes du sud est touché par instant en fonction du débordement au dessus du massif alpin de l’air froid, soit avec l’orage d’Embrun au départ où la ville reçoit 9 mm, puis des averses assez faibles sur le haut de la descente du col Agnel ou dans les Alpes piémontaises près de l’arrivée.

Au moment des grosses pluies les conséquences sur la course ont été faibles en raison de la prudence des concurrents. Au contraire, les petites averses  de la descente du col d’Agnel, comme celles à proximité de l’arrivée à  Prato Nevoso se sont accompagnées de nombreuses chutes sur sol mouillé dont celle très spectaculaire de Pereiro.

Nous avons signalé, dans notre ouvrage déjà cité, que traditionnellement le Tour de France, peut rencontrer, vent, pluie et même parfois neige comme en 1996, jusqu’au 14 juillet. Ensuite en principe, il découvre le beau temps à partir de la fête nationale. Cette évolution correspond au cumul de deux faits. D’abord le temps prend son caractère vraiment estival dans la seconde partie du mois alors qu’auparavant subsistent souvent des passages de perturbations. Ensuite, à partir du 14 juillet, le Tour quitte le nord du pays pour arpenter les routes du midi de la France, dans une moitié du pays renommée par ses bonnes conditions météorologiques  à cette époque de l’année.

En 2008, le changement de temps avant et après la fête nationale s’est confirmé, mais seulement en lien avec la seconde raison et encore de façon limitée lors de l’étape  Embrun Prato-Nevoso.

La France du nord a continué à être balayée de descentes polaires qu’elles soient perturbées avec orages et pluies ou plus anticycloniques comme au début de cette semaine, avec des températures très fraîches et un vent de nord. Dans ce cas, le midi de la France reste protégé. L’air qui redescend des crêtes du Massif central comme des Alpes, s’assèche, ce qui donne un temps très lumineux. Les organisateurs ont judicieusement placé, cette année, une grande partie de leur parcours dans les régions méditerranéennes ou les Alpes du sud. Savez vous que pendant ce temps là, sur les Préalpes du nord, il a neigé à deux reprises à plus de 2500 mètres en Suisse, pour l’épisode du 14 comme celui du 20 juillet.

Le Tour de France revient pour ses dernières étapes dans la France du nord, à partir de vendredi. Le temps n’a pas vraiment changé. Avec un cycle d’une semaine environ, une aggravation s’annonce avant chaque week-end, avec une régularité de métronome, pendant ce mois de juillet.  Un nouvel épisode pluvio-orageux de nord-ouest se présente à nouveau en liaison avec la dépression qui se réinstalle au large de l’Irlande jeudi et devrait atteindre les secteurs de la course vendredi et samedi. Les conditions climatiques n’ont peut-être pas fini d’influencer ! Vous en saurez plus quand vous m’aurez entendu. Après un Giro sous l’eau, deux grands prix de F1 et plusieurs matchs de l’euro noyés, le Tour de France a concocté un drôle de cocktail météorologique pluvio-venteux !


Gérard Staron continue pendant cet été de vous donner rendez vous chaque samedi sur les ondes de Radio-Espérance, 13h 15,  le texte étant repris sur les portails Internet zoom42 et zoom43.fr et ce blog 

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