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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 17:13

 

Quand on a vu Michel Drucker se protéger des conditions météorologiques dans son émission de Brest vendredi dernier, avant le départ du Tour de France, on pouvait penser que le vent et la pluie allaient jouer un rôle de premier choix sur le début de la « Grande Boucle » en Bretagne. Bernard Hinault a annoncé devant les caméras que « cela allait bordurer », pourtant il a fallu attendre l’étape de lundi entre Saint Malo et Nantes pour qu’Eole marque enfin la course et déclenche les fameuses bordures. Pour les non spécialistes, il s’agit de l’éclatement du peloton en de multiples groupes qui prennent la forme d’éventails quand le vent vient de côté ou de trois quart arrière.

De nombreuses raisons météorologiques justifient cette attente. Une dépression moyennement creusée vers 995 à 1000 hpa centrée sur l’Angleterre persiste pendant ces journées et envoie globalement un vent de sud-ouest assez fort. Sa vitesse la plus soutenue se situe un peu au sud de la dépression soit sur la Manche, puis la Bretagne où se déroulent les étapes.

Pendant la première de Brest à Plumélec, le vent arrive de côté sur la course avec une direction de sud-ouest sur un itinéraire globalement nord-ouest sud-est, il n’est pourtant pas aussi efficace que l’on eut pu le penser pour créer des bordures. Alors que les vitesses les plus soutenues concernent la Manche et les côtes septentrionales de la Bretagne, la course évolue à l’intérieur sur le flanc sud de la péninsule dans un milieu géographique qui a en grande partie conservé son bocage, ces haies qui constituent autant d’abri. Toutes ces raisons conduisent à limiter l’influence du vent, d’autant plus que les difficultés du parcours, les changements réguliers de directions empêchent Éole d’avoir un impact suivi sur la course.

Pendant les deux jours qui suivent, l’itinéraire de l’épreuve est inverse alors que le vent garde à quelques nuances près la même direction toujours de sud-ouest. On commence à en repérer l’impact sur la vitesse des étapes. Dimanche, d’Auray à Saint Brieuc, la course est plutôt poussée sur un trajet globalement sud-nord dévoré par les concurrents à une moyenne de 43,8 km/h. Lundi, de Saint-Malo à Nantes, sur un parcours en sens inverse, la vitesse n’est plus que de 40,9 km/h . C’est déjà une différence significative, même si dans notre dernier ouvrage « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » publié avec Jean Paul Bourgier[1], des écarts plus importants ont eu lieu dans le passé lors de deux étapes consécutives affectées de vents de direction contradictoire par rapport au parcours. Toutefois ces valeurs globales ne prennent pas en compte, les difficultés plus nombreuses d’Auray à Saint Brieuc sur l’étape la plus rapide,  mais aussi les très grands écarts de vitesse horaire de Saint-Malo à Nantes avec l’extrême lenteur du début par flux atmosphérique contraire et l’effervescence finale où le rôle du vent est substantiel.

Comme annoncé, le début de l’étape s’effectue par vent nettement contraire de sud-ouest, plus précisément ¾ face dans un trajet  franchement nord-sud. Une échappée avec les deux français Feillu et Dumoulin prend une avance substantielle (12’55’’ au kilomètre 55) sur un peloton à vitesse réduite. Je pourrais ajouter à « la traîne », car ce vocable météorologique désigne le temps instable qui suit le passage de la perturbation. Il est constitué d’éclaircies et de passages nuageux avec des averses éparses dans une atmosphère instable. C’est le temps effectivement rencontré ce lundi par les coureurs qui reçoivent leur lot d’averses puis de soleil.

Un premier aspect a peut-être contribué au succès et à la résistance de l’échappée qui perd peu de temps sur le peloton au point de garder une avance substantielle à l’arrivée et ainsi de déjouer la stratégie des équipes de sprinters. La direction du vent change en raison du décalage vers l’est du centre de la dépression. A la station de Rennes, le vent vient de sud-ouest jusqu’à 15 heures, ensuite il passe à l’ouest, et il n’est donc plus aussi défavorable pour les échappés. Naturellement le climatologue que je suis n’arbitrera pas pour déterminer la part du vent et celle de la bonne entente avec la ruse tactique des échappés pour endormir puis résister au peloton.

Les bordures dans la partie terminale de l’étape sont aussi à relier à une autre évolution du temps quand la course arrive le long de l’estuaire de la Loire. L’analyse du vent à la station de Nantes, très proche,  montre qu’il forcit jusqu’à 16 et 17 heures où il atteint 31 km/h en vitesse moyenne sur 10 minutes et 61 km/h en rafales en direction d’ouest contre seulement 20 km/h le matin, or dès que les rafales dépassent 40 à 50 km/h, leur impact sur une course cycliste est vérifiée[2]. Cette augmentation des flux atmosphériques est le résultat du cumul de même direction, du vent synoptique lié à la dépression de Grande Bretagne et de la brise de mer qui s’établit au cours de la journée de l’océan au continent.

Les concurrents découvrent cette accélération du vent au moment où ils arrivent le long de l’estuaire de la Loire par un virage situé sur la commune de Couéron. Ne pas s’étonner dans ces conditions que des bordures se forment, Nous avons constaté que leur mise en place s’effectue toujours après un changement de direction de la course ! Les concurrents découvrent alors le vent du large, une surface maritime a toujours des flux atmosphériques accélérés d’environ un tiers par rapport à un continent où ils sont freinés par la rugosité du relief. Subitement ils connaissent une poussée de 3 /4 arrière après avoir subi un frein de face pendant une grande partie de la journée.

Le peloton éclate. Des leaders importants sont piégés Menchov et Ricco dans un second éventail, Moreau dans un troisième. La fin de l’épreuve débutée si lentement se termine sur un rythme d’enfer. Le régional de l’étape, Jérome Pineau, alors premier français au classement général, avait déclaré la veille dans L’Equipe « A Couéron, on rentre sur ce qu’on appelle la route des usines et là, ça devient très dangereux … personnellement je sais où il faudra tenter un coup ». Son coéquipier Thomas Voeckler renchérit sur France 2 « Jerome Pineau nous a donné le point précis où cela allait craquer ». La connaissance du terrain n’a pas permis au jeune nantais de se détacher mais il a pu rester dans le premier groupe et ainsi garder une bonne 7ème place au classement général alors que Feillu endossait le maillot jaune.

Là encore ne comptez pas sur le climatologue pour déterminer dans ces cassures du peloton les rôles respectifs du vent et de la chute intervenue dans un virage stratégique avec plusieurs coureurs à terre.

Quand l’impact du vent fort est trop annoncé, trop prévu comme pendant les deux premières étapes, de petits détails géographiques limitent son impact. Il suffit d’un léger changement de direction lié au déplacement de la dépression et d’une accélération lié au cumul du vent synoptique et de brises locales pour qu’Eole devienne déterminant.

Le Tour de France à vélo a d’ailleurs été plus résistant que celui à la voile qui a dû annuler ses deux étapes bretonnes à cause du vent : Granville-Perros-Guirec les 5 et 6 juillet et Perros-Guirec-Lorient les 7 et 8 juillet !


Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de radio Espérance, le texte de cette chronique étant repris sur les portails Internet, zoom42.fr et zoom43.fr et ce blog.


[1] Jean-Paul Bourgier, Gérard Staron «  Conditions climatiques et compétitions cyclistes » 2007 L’Harmattan 315 pages

[2] ouvrage déjà cité

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