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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 10:31

  Depuis quelques semaines ma boite de courriers électroniques reçoit de nombreux messages intitulés
«  Sauvons la Météo ! » avec pétitions, et mouvements divers à Météo-France.

De quoi s’agit-il ?

L’organisation de Météo France sur le territoire de notre pays présente un élément de base : le centre météorologique départemental, le plus souvent situé sur l’aéroport proche de la préfecture qui affine les prévisions pour le département transmises depuis Toulouse et qui concentre la gestion des deux réseaux d’observation, celui des observateurs climatologiques crée en 1959 qui transmettent en fin de mois leurs mesures de pluviométrie et de températures pour une quarantaine de postes environ avec autrefois l’imprimé 683 et celui des stations automatiques dont le centre départemental assure la maintenance et reçoit les informations en ligne.

Prétextant des moyens modernes d’observation et de transmissions, mesures automatisées, images satellitaires, radars etc, le projet actuel prévoit la suppression d’environ une moitié des centres départementaux, leur remplacement par un réseau automatisé et le rassemblement des activités de prévision gestion et maintenance sur les autres.

La question liée à ce projet : est-il possible d’effectuer de la météorologie sans une présence minimale sur le territoire ?

Si pour de nombreuses mesures, on peut installer des sondes reliés à des systèmes de transmissions automatiques, il est des météores où l’œil de l’homme est encore indispensable et la technique manque de fiabilité : l’observation des orages, des états du ciel, les brouillards et la mesure de la neige. A titre d’exemple quand j’avais effectué ma thèse « l’hiver dans le Massif central », j’avais pu trouver plus de 70 postes qui mesuraient la hauteur de neige chaque jour, aujourd’hui soit ces relevés ne sont plus effectués, soit ils ne sont plus communiqués. La publication et l’analyse que j’ai effectuée alors,[1] seraient impossibles à réaliser matériellement aujourd’hui.

Par ailleurs, il y a les lois de la géographie. Si on peut penser que quelques points automatiques de mesures peuvent suffire dans des régions de plaines ou plateaux homogènes, que dire dans les zones de reliefs compartimentés de nos montagnes. Une seule station ne peut être représentative que d’une zone géographique limitée. Pour nos départements ligériens, les nuances climatiques de petits pays sont tellement nombreuses que les stations automatiques déjà implantées sont loin de toutes les représenter, il en est de même du vieux réseau climatologique. La règle qui veut que les postes doivent être éloignés de 20 km au moins à vol d’oiseau est insuffisante pour couvrir ces nuances régionales en zone montagneuse. Sur la Loire et la Haute Loire, il y aurait bien des trous à combler déjà dans les réseaux existants.

Je suis toutefois surpris que certains qui aujourd’hui m’envoient des courriers électroniques, soient les mêmes qui autrefois défendaient la politique commerciale de Météo France. Les réformes qui sont prises aujourd’hui ne sont que la suite logique, le point d’orgue, d’une évolution dramatique commencée depuis plus d’une vingtaine d’années, pour transformer la météorologie française en un service marchand.

Autrefois service de l’état dépendant de l’aviation civile, ce qui s’est nommé office, Météo nationale, etc, avant d’être Météo France, communiquait prévisions et données météorologiques quasiment gratuitement ce que continuent à faire aujourd’hui beaucoup de services d’autres pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis. La stratégie française de ces 20 dernières années a consisté à garder l’information pour la vendre très chère, or ce que certains pensaient être une poule aux œufs d’or s’est transformé en plomb, pourquoi ?

D’abord la volonté de retenir l’information météo dans un monde où tout se communique s’est avérée une véritable passoire. Peut-on vraiment aujourd’hui, cacher les données pour les faire payer ?

Il y a d’abord les accords internationaux en particulier pour l’aviation qui obligent à communiquer une masse importante de données météorologiques. Les mesures horaires des principales stations françaises peuvent être ainsi obtenues facilement par l’étranger.

Il y a tout ce qui touche aux fonctions régaliennes de l’état pour la protection contre les catastrophes naturelles, les inondations, qui oblige à fournir certaines données ou prévisions aux services de l’état. Comme il paye, il diffuse. Le système d’alerte jaune, orange, rouge par département qui a été établi, n’est qu’un moyen de donner de l’information sans communiquer la véritable information qui serait la pluviométrie, les vitesses de vent et autres correspondantes .

Météo France possède certainement  les calculateurs et les modèles les plus performants en matière de prévisions, les prévisionnistes et les climatologues les plus avisés, mais est-il possible de vendre les résultats si gratuitement on peut consulter toutes les cartes fournies par le modèle américain GFS ? Il est ainsi possible de faire des prévisions et des personnes qui connaissent les caractéristiques de leur régions, qui savent interpréter les cartes, connaissent mieux le terrain et le ciel qu’un fonctionnaire qui vient d’être débarqué dans un département en provenance de l’autre bout du pays.

La nature a horreur du vide, la rétention d’information, au lieu d’obliger de les acheter à Météo-France, a conduit au contraire d’autres à émettre les mêmes produits et à stimuler la concurrence. Des réseaux parallèles d’observation météo se mettent en place, tous ne sont pas équipés de matériel professionnel et dotés d’observateurs avertis comme celui des météorologistes d’entre Rhône et Loire, mais ils prospèrent, d’autant plus que certains  sont le fait de services liés à l’état comme le réseau Cristal  sur le bassin de la Loire.

Que dire aussi de la politique des prix ?

 Les comités météo donnaient, puis ensuite vendaient à un prix modique des brochures mensuelles et annuelles. Du jour au lendemain leur publication a cessé et Météo France a cru vendre 110 euros la feuille ce qui coûtait quelques mois auparavant 90 Francs l’an. Les abonnés ont déserté.  Fixer le prix de la feuille de photocopie en fonction du coût de l’heure de l’ingénieur météo, le plus cher, dans le pays aux taxes les plus élevées s’est apparenté au coût social du travail pratiqué dans les économies collectivisées de l’est de l’Europe qui se sont écroulées avec le mur de Berlin en 1989. Nous sommes pourtant en France dans une économie de marché où le prix s’établi en fonction de l’offre et de la demande et avec de tels prix il n’y a plus de demande.

Une politique commerciale doit aussi avoir pour but la satisfaction du client !

Que dire de publications qui ont plusieurs mois de retard comme Météo-hebdo ?

Que dire du changement de revues, Celle qui remplace la précédente étant toujours plus chère avec moins d’informations ?

La France a depuis plus de trente ans suivi une politique météorologique solitaire exclusivement commerciale qui l’a conduit dans le mur dans un monde de la communication.

Dans une entreprise quand la situation financière est mauvaise on pratique des coupes sombres, mais la météo devrait-elle être une entreprise commerciale ?

 En effet peut-on vendre le ciel au XXIème siècle, comme on vendait au XVIème siècle des indulgences ?

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance 13h15, texte repris par zoom42.fr et ce blog 



[1] Gérard Staron « L’hiver dans le Massif central » 1993 publications de l’Université de Saint-Etienne

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