Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 12:54

 

     Ce que j’entends sur la crise alimentaire actuelle me parait un remake mondial de très mauvaise qualité des crises d’ancien régime qui ont décimé la population de l’Europe du XIV ème siècle au milieu du XIX ème puisque la dernière d’envergure a été celle de 1846 à 1848.

     Quand les conditions climatiques, froid de l’hiver, humidité en été, sécheresse avaient provoqué une mauvaise récolte, la pénurie de céréales déclenchait une hausse des prix qui affectait les populations des villes, mais aussi des famines dans les campagnes. Des épidémies très virulentes augmentaient massivement la mortalité d’organismes affaiblis par une mauvaise nutrition. On tente de nous refaire le même scénario avec les pays en voie de développement aujourd’hui en oubliant :

1)      le problème de la faim est en constante régression depuis 1945 dans le monde. L’Amérique latine est aujourd’hui globalement bien nourrie, l’Asie aussi, ce qui n’était pas le cas autrefois.

2)       Il reste certes des îlots de faim comme Haiti en Amérique centrale, comme quelques pays d’Asie avec le Bengladesh, la Corée du nord et surtout les pays dit du Sahel en Afrique, mais ceci tient plus à des situations troublées ou des régimes politiques difficiles qu’à des problèmes purement alimentaires et agricoles.

3)      Tous les pays qui ont amélioré leur alimentation ont autant développé leur production vivrière que celle pour l’exportation. La Chine, le Brésil, maintenant L’Inde, autrefois touchés par la sous alimentation, sont devenus en même temps qu’ils se nourrissaient correctement, de grandes puissances productrices, qui satisfont leurs besoins et qui exportent. Opposer les cultures vivrières et celles d’exportations est un vieux rêve totalement faux d’idéologues dépassés. L’augmentation des cultures d’exportations va de pair avec celle des cultures vivrières et accompagne l’amélioration de l’alimentation et du niveau de vie. Je tiens à votre disposition les exemples précis que le manque de temps de cette chronique m’empêche de développer.

     Lors de ces crises d’ancien régime, la période la plus difficile était ce que l’on nommait la jointure, soit les mois qui précèdent la prochaine récolte. A ce moment là, les stocks étaient vides, on en arrivait au bout,  il avait fallu en extraire une partie pour la semence et ne pas hypothéquer la prochaine récolte. Les prix étaient au plus haut et la famine à son maximum avec les épidémies. Si les conditions climatiques étaient favorables, la prochaine récolte était bonne, la crise se calmait.

     Contrairement à ce que l’on peut entendre sur la spéculation et les prix, les marchés anticipent actuellement une prochaine bonne récolte avec des conditions climatiques acceptables. Après la pointe de l’automne 2007, les marchés à terme sont en constante baisse. Par exemple la tonne de Blé à Paris cote 182 euros le 29 mai 2008 contre 236 euros le 8 avril et 284 euros en septembre 2007. Il en est de même pour le lait et les autres céréales.

     Cette hausse des prix alimentaires de 2007-2008 a toutes les chances de n’être qu’une courte flambée comme les précédentes, par exemple 1974-75. Le soufflet retombera très vite si les conditions climatiques de la prochaine récolte sont correctes. Là encore faire croire que l’on entre dans une pénurie alimentaire longue parait une escroquerie évidente. Certains milieux s’excitent aujourd’hui car le temps leur est compté.

     Actuellement, on tente d’opposer cultures céréalières pour l’alimentation humaine à l’élevage et aux productions agricoles pour biocarburants. Les animaux et les biocarburants enlevant le pain de la bouche à l’homme !

     C’est bien méconnaître les leçons de l’histoire. Du moyen âge à la révolution agricole commencée à la fin du siècle des lumières, tout le terroir cultivable était occupé en céréales, et la population était mal nourrie et subissait de plein fouet ces crises d’ancien régime avec leurs famines et leurs épidémies. Ceux qui luttent contre l’élevage et veulent interdire la culture pour les biocarburants souhaitent-ils revenir à cette situation ?  

     C’est parce que l’on a développé la notion d’assolement que la production de céréales a augmenté par la hausse de ses rendements et que l’élevage s’est développé en compagnie d’autres cultures dites dérobées.

     Toutes les monocultures épuisent le sol car elles lui demandent les mêmes substances, elles provoquent même parfois sa perte dans des conditions climatiques limites, par exemple la cuvette de poussière dans l’ouest sec des Etats-Unis des Années 30, l’Afrique du nord autrefois grenier à blé de Rome dans l’antiquité et maintenant…, plus récemment les monocultures de café.

Les pays tropicaux qui séparent agriculture et élevage depuis des siècles ont connu de grosses difficultés alimentaires en raison de cette séparation. La sous-nutrition  affecte des régions où l’on se nourrit exclusivement de céréales.

     Les systèmes qui associent agriculture et élevage comme l’Europe ont été ceux qui ont fait progresser l’agriculture et l’alimentation. Depuis le moyen âge, quelques troupeaux médiocres broutaient la jachère, apportaient leur force et leur part dans l’alimentation. A partir du XIX ème, La baisse régulière des surfaces en céréales, a permis le développement de l’élevage bovin, la sélection des régions selon leurs qualités climatiques humides et élevagères, sèches et céréalières et par voie de conséquence l’amélioration des rendements en céréales. Conjointement l’alimentation s’est améliorée par la diminution de la part des céréales, par la diversification avec les apports des produits de l’élevage. Aujourd’hui les céréales apportent une part de l’alimentation des animaux et permettent l’intensification de l’élevage. Opposer l’élevage et les cultures céréalières est une ineptie.

     Il en est de même des biocarburants. Dans les pays de grandes cultures où le climat est favorable aux céréales, il faut bien des cultures en assolements pour éviter l’épuisement des sols. Il y a eu autrefois la betterave à sucre, mais les surfaces sont limitées et les besoins augmentent peu, les oléagineux qui fournissent des huiles pour l’alimentation humaine mais aussi des sous produits soit pour l’élevage soit pour les biocarburants, des protéagineux et quelques cultures légumières de plein champs. Toutes ces alternances de cultures sont complémentaires pour assurer la nécessaire rotation sur une même parcelle et maintenir ses qualités agronomiques.  La culture des biocarburants bien menée, comme l’élevage, n’est en aucun cas contradictoire avec les céréales pour l’alimentation humaine. L’histoire le montre. Depuis deux siècles, l’agriculture a connu un cercle vertueux avec l’augmentation conjointe des productions de céréales, des produits d’élevage et des cultures en assolements.

     Le pays qui risque de bénéficier de cette nécessaire association entre les cultures est la France. Le bassin Parisien est la première région céréalière européenne, c’est aussi la première qui a crée dès le XVIIIème siècle des assolements complexes parfois sur 6 à 8 ans associant différentes cultures. La hausse des rendements en blé et autres céréales a très largement compensé la baisse régulière des surfaces cultivées où des réserves subsistent.

     Cette crise alimentaire masque un fait, qui devrait sortir certains de leur catastrophisme. Le solde positif alimentaire des échanges de notre pays avec le reste de l’Europe  augmente nettement depuis le début de l’année en particulier en janvier et février. Bonne nouvelles !

     L’élevage et les cultures pour les biocarburants peuvent être développés harmonieusement dans des assolements équilibrés  avec les céréales en fonction des caractéristiques climatiques des différentes régions agricoles.

     Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte de cette chronique est repris par le portail zoom 42.fr et ce blog 


http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195