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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 21:17

 

 

Les carburants n’ont pas été les seuls liquides à défrayer la chronique cette semaine. Même si la relation par les médias a été moins explosive, l’épisode pluvieux complexe qui a commencé le 23 mai sur la France a provoqué quelques inondations. Orages ponctuels violents en Dordogne en ouverture, contrairement à ce qui a été annoncé, l’Indre a peu réagi, la crue principale a concerné la Creuse. Beaucoup de rivières sur les bassins du Rhône, de la Loire ou des fleuves côtiers méditerranéens ont commencé une montée, plus significative sur l’Allier et le Cher. Les craintes actuelles concernent l’Isère et ses affluents alpins comme l’Arc. La Durance a rempli le barrage de Serre-ponçon au point de l’obliger à déverser vers l’aval. La Corse termine.

Ces débordements de rivières donnent l’impression d’un saupoudrage sur la  France qui tient aux diverses trajectoires des précipitations qui ont arrosé des secteurs très différent chaque jour depuis le 23 mai et qui continuent encore. Les totaux quotidiens ont rarement atteint 50 mm par jour sauf sur le mont Aigoual avec 126 mm le 25 mai et dans la région d’Ajaccio avec 187 mm le 29.

L’analyse géographique des régions, qui ont reçu chaque jour plus de 20 mm, montre des traînées successives dont l’orientation évolue peu à peu en passant du sud-ouest au sud-est.

Le 23, la trajectoire des pluies est nettement sud-ouest nord-est avec une langue du Pays Basque  à l’Aquitaine.

Le 24, l’axe des précipitations à une orientation parallèle décalée vers l’intérieur du Bassin Aquitain  et s’étire du plateau de Lannemezan au Limousin.

Le 25, La zone pluvieuse s’étire de la basse vallée du Rhône à l’ouest du Massif central jusqu’au Limousin. L’orientation change.

Le 26 et le 27, la trajectoire pluvieuse est franchement méridienne en progressant dans la moitié nord du pays, d’abord  des Cévennes au sud du bassin de Paris en passant par le Limousin, et ensuite le lendemain  des Cévennes à la Normandie, en remontant par les mêmes régions.

Le 28, l’axe des pluies devient nettement sud-est nord-ouest,  en partant de la Provence à la région stéphanoise. La cité forézienne qui n’avait reçu jusque là que des miettes  ajoute en une nuit 38 mm.

Tout se déplace sur les Alpes les deux derniers jours et enfin la Corse.

Pourquoi observe-t-on des totaux de l’ordre de 20 à 40 mm par jour sur des axes dont la trajectoire est passée successivement du sud-ouest au sud-est en subissant une légère translation quotidienne du Pays basque aux Alpes ?

 Observons la situation météorologique. Elle commence  comme celle des orages qui arrivent régulièrement depuis le début du mois. Une descente froide perturbée traverse l’Atlantique en diagonale du sud du Groenland au golfe de Gascogne. En arrivant sur un continent surchauffé, les fronts pluvieux prennent une allure orageuse. Ils abordent la France par le Bassin Aquitain et remontent peu à peu jusqu’au Massif central en particulier le Limousin selon une trajectoire habituelle de sud-ouest, connue, qui correspond aux zones arrosées du 23 et du 24.

Seulement la dépression  qui accompagne cette descente froide perturbée est à partir du 25 bloquée sur la France en raison de la présence d’un anticyclone de la Méditerranée à L’Europe centrale qui stoppe sa progression. L’air froid entre en contact avec la Méditerranée où il se charge chaque jour en humidité et ensuite les masses pluvieuses remontent vers le nord, de la Méditerranée au Limousin, et même au delà les 26 et 27, puis un peu plus à l’est.

On a eu le changement sur la France d’une perturbation océanique de nord-ouest en des cellules pluvio-orageuses de sud-ouest dans un premier temps et dans un second,  en des remontées méditerranéennes de sud et sud-est. En matière de cocktail hybride, pire est difficile!

Alors qu’est ce qui explique la localisation des inondations ?

 Le Limousin est cité souvent, car c’est sur cette zone que se sont croisés les trajectoires des pluies de sud-ouest des premiers jours, de sud puis de sud-est des suivants. Cette accumulation quotidienne donne au total plus de 100 mm, autant à Limoges qu’à Guéret, et même plus sur le plateau de Millevaches. Facteur aggravant, le dernier jour a déposé la plus forte lame d’eau sur le bassin de la Creuse. Le résultat est connu, les premières pluies saturent les sols et la dernière provoque le débordement de la rivière. La montée la plus spectaculaire s’est produite à Argenton-sur-Creuse avec 2,70 m en 5 heures. Au Blanc, la commune la plus touchée, la crue avait déjà commencé à s’étaler avec une hausse de 1,5m en 18 heures.

Pourtant ce n’est pas le Limousin qui a accumulé le plus fort total de pluies, les Cévennes ont dépassé 230 mm au Mont Aigoual. Les rivières qui descendent de ce château d’eau ont amorcé une montée vite avortée. L’Allier et la Dunières, petit affluent du Lignon  doivent être cités pour avoir dépassé le mètre. La Loire, l’Ardèche, les Gardons, le Vidourle, si prompts à déborder ont été assez sages. La Corse est dans le même cas. Une rivière n’inonde que si elle reçoit des totaux inhabituels pour elle, or les rivières cévenoles ou corses ne réagissent que pour des quantités bien supérieures sur un pas de temps réduit. Dans des régions qui reçoivent au moins une fois par an plus de 100 mm ou même 200 mm en 24 heures, les pluies de cette semaine étaient trop faibles et étalées pour faire réagir notablement les rivières.

Dans les Alpes, un autre phénomène s’ajoute aux fortes précipitations : la fonte des neiges. Dans une récente chronique je vous expliquais pourquoi le manteau avait une épaisseur exceptionnelle à la fin avril au dessus de 2000 mètres avec parfois plus de 6 mètres.  Depuis le début de mai, la fusion est largement entamée. Certains secteurs ont perdu plus de 2 mètres depuis le début du mois et 1 mètres lors de la dernière semaine. Le 21 mai, près de sa confluence avec le Rhône, l’Isère était déjà très haute, les précipitations des derniers jours se sont ajoutés.

Au moment où j’écris cette chronique le phénomène est en cours, les crues se propagent vers l’aval. L’Isère a atteint 3 m à Grenoble dans la nuit du 30 mai. Son niveau a dépassé  la dernière intumescence de mars 2007, 1,56 m. Il est comparable à la crue de 2001 (3,02 m le 22 mars) et reste inférieur aux 5,23 m du 2 novembre 1859. La rivière semble atteindre son maximum vers l’amont mais sa propagation vers l’aval est à venir.

Plus au sud, la Durance est concernée, la rivière alimente en eau, par le canal de Provence, les régions méditerranéennes. Le barrage de Serre-Ponçon constitue la principale réserve. Non seulement il est plein depuis le 26 mai, mais il a fallu d’urgence lâcher l’eau vers l’aval avec une montée de 3 m à Cavaillon et de 2,5 m à Pertuis en quelques heures. La Provence et la Côte d’Azur ne vont pas manquer d’eau cet été, voilà qui pourrait faire taire les craintes habituelles concernant la sécheresse.

Vous êtes peut-être étonné de la présence de crues en cette saison. Il y a pourtant des précédents autrement plus graves que l’épisode que nous connaissons depuis une semaine lors des derniers jours de mai et des premiers de juin.

En 1983 la plus importante crue de la Saône du XXème siècle

En 1856 la plus grande crue de la Loire moyenne et de secteurs du Rhône

Heureusement que les inondations de cette dernière semaine n’ont rien de commun avec ces événements historiques.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie.

http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron 

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