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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 17:24

 

   Dans les périodes sèches, il est un aspect qui est évoqué à de multiples reprises par les médias : celui de l’irrigation lié au problème de l’épuisement des nappes phréatiques. Comme je vous l’ai précisé à plusieurs reprises l’irrigation a changé de vocation au cours de ces dernières décennies en même temps qu’elle se développait dans des conditions très rapides. Autrefois l’irrigation ne concernait que des secteurs géographiques où l’apport d’eau extérieur était strictement nécessaire, pour permettre l’agriculture, en raison des conditions climatiques comme dans les zones désertiques ou les régions  méditerranéennes en été. Aujourd’hui elle s’est étendue à des secteurs, où les cultures pluviales sont possibles sans apport extérieur d’eau, mais où l’irrigation permet d’implanter de nouvelles cultures plus exigeantes en eau comme le maïs, ou d’accroitre les rendements en optimisant au mieux les besoins de la plante. C’est pour ces raisons qu’en France les régions méditerranéennes ne sont plus celles qui possèdent le plus de surfaces irriguées et que vous avez pu entendre de nombreux reportages sur la nappe de Beauce dans une région où le blé, culture traditionnel, a poussé depuis des siècles sans irrigation.

   En matière d’irrigation, le premier problème de l’irriguant est celui de trouver la ressource nécessaire en eau et l’on distingue traditionnellement à ce sujet la grande et la petite irrigation.  La « grande » concerne les aménagements régionaux avec des barrages réservoirs importants, des canaux transportant l’eau jusqu’aux plaines que l’on irrigue. Ces grandes réalisations se trouvent le plus souvent dans les régions désertiques, tropicales sèches ou méditerranéennes. En France, on peut citer le cas du canal de Provence qui à partir des barrages de la Durance et du Verdon draine l’eau en direction de la côte provençale pour une branche ou de la Côte d’Azur pour l’autre, pour assurer les besoins d’eau agricoles, mais aussi industrielles ou domestiques. On peut aussi citer le Bas Rhône Languedoc où les eaux du Rhône pompées à la station de Pichegru, en amont d’Arles, permettent d’irriguer plusieurs centaines de milliers d’hectares de la plaine Languedocienne. L’un des plus septentrionaux de ces grands systèmes d’aménagements hydrauliques concerne le canal du Forez, alimenté par les eaux de la Loire au Barrage de Grangent, qui permet d’irriguer par deux branches la plaine du Forez.

   Ce qui a abondamment alimenté les chroniques de ces dernières semaines concerne la « petite irrigation » de l’agriculteur qui construit un lac collinaire, qui effectue un forage pour pomper l’eau dans la nappe phréatique, ou qui fait une ponction sur le débit du cours d’eau voisin. Jusqu’à une période récente ceci a pu se faire de façon anarchique et quasiment sans contrôle avec une législation particulièrement permissive. Pendant longtemps le pompage en rivière ne nécessitait une déclaration que pour les rivières domaniales. La loi pêche du 29 juin 1984 a constitué la première limitation tangible au pompage  en rivière en obligeant à laisser couler vers l’aval un « débit réservé » au moins égal au dixième du débit moyen annuel. Ce qui est au demeurant assez difficile à vérifier. La  réalisation d’un pompage dans les nappes n’était soumise à autorisation préalable que s’il dépassait 10 m et un débit de 8 m3 par heure. La construction d’un lac collinaire ne demandait rien si la superficie était inférieure à 100 m² et la hauteur de la digue à 2 m  et même dans certains cas au-delà. Cette législation particulièrement permissive  à conduit au développement de l’irrigation puisque très souvent la fourniture de l’eau était gratuite et certaines agences de bassins subventionnaient partiellement les travaux d’irrigation. Il a fallu  attendre la loi du 3 janvier 1992 pour que les travaux soient soumis à déclaration ou autorisation, pour que les pompages fassent l’objet de mesures avec création de schémas directeurs d’aménagements et de gestion de l’eau avec des commissions locales. Jusqu’à une période très récente, puisque cette loi est seulement en cours d’application, le monde agricole a été habitué à pouvoir utiliser l’eau sans grand contrôle ni retenue et, quand cette dernière vient à manquer il y a problème.

    La seconde question importante est bien celle de la  répartition des eaux sur les parcelles, et sa conséquence éventuelle : le gaspillage en liaison avec la technique utilisée. Les vieux systèmes par gravité des pays désertiques, où l’eau s’écoule dans des rigoles, présentent une très médiocre efficacité. Les systèmes  par aspersion que nous apercevons tous correspondent à une meilleure utilisation  de l’eau. Vous avez pu remarquer ces enrouleurs, grosses roues munies d’un asperseur, ces énormes pivots  qui tournent ou les rampes frontales qui se déplacent en propulsant leur eau, ces multiples arroseurs dispersés sur les parcelles. Le problème rencontré est celui de l’homogénéité de l’arrosage sur la parcelle en fonction de sa forme. Par exemple, le système du pivot n’arrose pas les angles, très gênant pour des parcelles carrées comme dans les grandes plaines des Etats-Unis.

   Un système économise l’eau : le goutte à goutte. On le rencontre dans les cultures fruitières et horticoles. On trouve au pied de chaque arbre ou plante un petit tuyau en plastique qui apporte l’eau quand il ne se bouche pas. Ce système ne peut pas être utilisé pour toutes les cultures par exemple pour les céréales.

   Il est possible d’économiser l’eau en mieux répartissant le temps d’irrigation, dans la journée (ne pas irriguer de 14h à 18h au maximum de la chaleur et de l’évaporation, utiliser la nuit ou les périodes sans vents) ou dans la façon de répartir les tours d’eau.

   La meilleure connaissance des besoins de la plante, le choix de la culture en fonction de sa voracité en eau, le recours à la climatologie par la connaissance des précipitations et du bilan de l’eau sont autant de moyens de limiter la consommation.

   L’agriculteur est en effet coincé entre ces deux extrêmes : s’il est trop économe en eau, il nuit à son rendement, s’il est trop dépensier en eau, il augmente ses frais et risque de voir tarir sa ressource avant la fin de l’été. En France, l’accès à l’eau étant souvent assez facile et peu cher pour l’agriculture, il y a souvent eu tendance à être trop dépensier dans le passé, mais il prend de plus en plus conscience du problème depuis quelques années.

   Au plaisir de vous retrouver vendredi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie.

 

Commentaire :

   Le printemps et le début de l’été sont les grandes saisons de l’irrigation, ce qui donne à cette chronique toute son actualité.

   La loi de 1992 reste la base de la législation de l’utilisation de l’eau qui a connu des compléments d’application dans le cadre des SAGE et des SDAGE.

   Les principales nappes phréatiques françaises sont maintenant très surveillées par des réseaux de piézomètres, en commençant par celle de Beauce.

   Au printemps 1997, beaucoup d’aquifères étaient très bas. L’indicateur de la nappe de Beauce était 1 mètre en dessous environ du niveau actuel.

 

 Gérard Staron     http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron 

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