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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 20:06

 

   Rien ne va plus, canicule au nord, pluie et fraîcheur  au sud, déluge en Catalogne, violents orages des villes aux extrémités du pays, le tout pendant les Saints de Glace!

 

    Cette semaine notre pays était sans dessus dessous.

La moitié nord de la France a connu un temps de rêve avec des températures exceptionnelles. Lundi le maximum a atteint 25,6° à Lille, de quoi rendre un « chti, beloute », 25,3° à Charleville-Mézières pour chauffer le sanglier des Ardennes et 25,7° à Strasbourg pour pédaler dans la choucroute en reprenant le slogan profond d’une affiche qui fleurissait sur les murs de l’université de Saint-Etienne il y a tout juste 40 ans.

    Pendant ce temps là, le thermomètre n’atteignait pas 20° sur les côtes varoises. Pire il descendait à 15,3° sur la côte orientale de la Corse. Il pleuvait, un véritable déluge avec 107,4 mm au même endroit de l’Ile de Beauté, concernée en totalité. Il a fallu ajouter le lendemain une rallonge de 30 à 40 mm dans les mêmes régions. Des orages isolés se déclenchaient depuis plusieurs jours du sud-ouest au Jura avec des paroxysmes locaux sur le Massif central.

     Autre concours de circonstances truculent, alors que des navires remplis d’eau potable s’apprêtaient à ravitailler Barcelone, la capitale catalane venait de connaître le paroxysme d’un épisode pluviométrique qui a déposé 107 mm le samedi 9 mai. L’épisode pluvieux a même concerné tout le nord-est de l’Espagne avec environ 30 mm sur l’ensemble du bassin de l’Ebre, même dans le désert des Monegros, ce qui ne s’était pas produit depuis longtemps. La pluie s’est poursuivie en s’atténuant depuis lundi. Il a fallu ajouter 8 mm environ mercredi et une quinzaine jeudi. Avec toutes ces précipitations, les médias télévisés ont du vraiment faire des prouesses pour illustrer leur reportage d’un barrage vide sous un beau soleil !

    L’explication de cette météorologie sans dessus dessous est à relier à une torsion originale des centres d’actions atmosphériques.

Un anticyclone centré en altitude sur la mer du Nord provoque un ciel dégagé avec un ensoleillement maximal sur la moitié nord du pays. Ce beau temps permet déjà une belle accumulation de chaleur .Il s’y ajoute un flux de sud-est qui remonte sur le flanc de cette anticyclone et amène un air chaud en provenance de régions continentales déjà surchauffées. Voilà qui était susceptible de provoquer un beau temps inhabituel sur le nord de la France.

    A l’opposé l’air froid perturbé descend jusqu’à la Méditerranée selon une trajectoire  originale. La dépression qui l’accompagne traverse l’Atlantique en diagonale du sud du Groenland à la Péninsule Ibérique. L’air frais aborde ensuite le golfe du Lion où il tourbillonne en se rechargeant en humidité sur une surface marine déjà tiède. Il peut ensuite décharger son eau sur tous les versants orientaux qui se présentent à lui, en continuant sa route le long des rivages de la grande Bleue,  dans un premier temps la Catalogne et le bassin de l’Ebre, dans un second la Corse. Les pluies ont même atteint la Sicile où l’étape du Tour d’Italie arrivant à Milazzo a été perturbée par de nombreuses chutes sur sol mouillé, sur l’île habituellement la plus sèche de l’Italie en temps ordinaire. Plusieurs concurrents dont Bradley Mac Gee ont été contraints à l’abandon en raison  de fractures de la clavicule.

    Dans la zone de pressions incertaines entre l’anticyclone au nord et la zone perturbée méditerranéenne, des cellules orageuses ponctuelles ont remonté selon une trajectoire du bassin Aquitain, en direction du Massif central et en bout de course du Jura et des Alpes.

    Dans la région stéphanoise, on a souvent observé deux diagonales de part et d’autres de la ville, en particulier Dimanche. Il y a eu celle qui suivait les crêtes de l’est du Massif central du Mézenc au Pilat surtout sur le versant ardéchois et celle qui naissait sur le plateau de la Chaise-Dieu pour traverser ensuite le sud des monts puis de la Plaine du Forez avant de continuer sur les monts du Lyonnais.

Peu à peu ces orages  qui n’ont concerné pendant le week-end de Pentecôte que les régions proches du sud de la France, ont remonté sur le pays. Dès le lundi, leur avant-garde arrive sur le Poitou et le Limousin. Le mardi, ils apparaissent sur les collines normandes. Enfin le jeudi 15 mai, ils  provoquent l’inondation du périphérique de Lille en fin d’après midi et presque en soirée la grêle sur Toulouse à l’autre extrémité du pays. Les totaux pluviométriques ne sont pourtant pas très élevés à Lille avec 20,2 mm comme à Toulouse avec 29 mm. Ce ne sont même pas les maximums du jour en France, plus de 32 mm dans l’Allier ce qui montre l’impact aggravé d’une précipitation intense en milieu urbain.

    Les cas d’un orage de grêle et d’une inondation urbaine sont très différents. C’est au moins la troisième fois que des orages calamiteux affectent la capitale « chti » . Dans mon ouvrage « Le ciel tomberait-il sur nos têtes » de 2003, je signale un événement similaire en août 1998, un autre s’est produit pendant le mois de juillet 2006. Le métro automatique, le Val a eu souvent à subir ses paroxysmes pluvieux, et cette fois à Toulouse puisque ce moyen de transport est commun aux deux agglomérations.

    Les voies de communications urbaines enterrées qui présentent des points bas avec des pentes qui convergent de toutes les directions sont des points particulièrement sensibles lors des pluies localisées intenses. La concentration rapide des eaux sur un sol imperméabilisé ne permet pas l’évacuation rapide par les bouches d’égouts vite saturées ou même qui refoulent sur les chaussées. De ce fait l’eau monte très vite en stoppant toute circulation et en recouvrant les véhicules.

    Qu’est-ce qui explique qu’à 48 heures d’intervalle la capitale du nord a fait l’actualité pour son beau temps inhabituel, puis ses inondations urbaines ?

Le nord a fait l’objet d’une rencontre météorologique originale. L’anticyclone qui apportait le beau temps depuis de nombreuses journées s’est retiré en direction de l’Atlantique nord. Il a donc laissé le passage à deux courants contradictoires :

-          Le premier correspond à nos orages qui remontent progressivement du sud-ouest et de l’Espagne. Ils affectent des régions de plus en plus septentrionales chaque jour. Toulouse  se situe dans leur zone géographique d’origine.

-          Le second descend des hautes latitudes en lien avec une dépression sur la Suède, mercredi, sur le flanc de l’anticyclone qui s’est retiré .

    Le choc entre un flux d’air chaud instable remontant du sud avec des températures de l’ordre de 25° et un courant froid descendant du nord avec moins de 15° ne pouvait que donner lieu à des phénomènes explosifs en météorologie. La rencontre s’est produit dans l’après midi de jeudi le long d’une ligne qui s’étire du nord de la France à la Ruhr  en traversant la Belgique. Elle est matérialisée par une ligne de fortes précipitations avec un paroxysme de plus de 30 mm en Belgique.

    Voilà une semaine qui avait de quoi faire perdre son latin à un climatologue :

-          Comme hors d’œuvre : beau temps chaud et sec dans le nord, pluie et fraîcheur le long de la Méditerranée

-          Une catalogne fortement arrosée au moment où des navires amènent de l’eau potable pour faire face à la sécheresse.

-          Un Tour d’Italie arrosé en Sicile

-          Enfin un nord qui retrouve 48 heures après, des orages violents en même temps que l’autre extrémité du pays.

     Alors vous choisirez : le temps avait perdu le nord ou était sans dessus dessous !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie. Vous pouvez trouvez aussi ce texte sur le portail internet zoom 42 .fr

   http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron 

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