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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 20:22

 

    Les accidents liés à la neige se sont multipliés ces derniers jours. On peut signaler celui, particulièrement meurtrier, du massif du Grand Paradis. Ce fait, un peu tardif dans la saison, accompagne souvent les périodes au manteau blanc très épais,  or cet hiver passe pour avoir été relativement peu enneigé…

    En réalité, il existe un énorme contraste entre la moyenne et la haute montagne. S’il est vrai qu’en dessous de 1500 mètres, le manteau a été déficient autant en durée qu’en épaisseur, il n’en est rien au dessus.

Quelques exemples :

Sur le Massif du Pilat, la faiblesse nivale de 2007-2008 diminue au fur et à mesure de la montée vers les sommets. Dans la ville de Saint-Etienne, avec 23 jours de chutes, on est proche de la moyenne. Avec 13 jours tenant au sol, on se situe à la moitié d’un hiver moyen.  Avec une épaisseur maximale de 5 cm, on approche du ridicule. Plus on monte sur le versant nord du massif, plus la durée et les épaisseurs s’approchent d’une année normale et à 1000 mètre d’altitude avec 69 jours, ce dernier hiver présente un écart de moins de 10 jours avec la moyenne 2004-2008.

Si on élargit aux reliefs de l’est du Massif Central, Le 3 mai, on distinguait nettement la couche blanche sur les sommets de l’Alambre et du Mézenc soit au dessus de 1500 mètres, le 4 elle résistait encore sur le second à plus de 1600 mètres. Pierre sur Haute semblait aussi garder une légère calotte blanche. Il semble qu’il n’y ait pas eu d’interruption notoire entre les premières chutes de la mi-novembre et celles de la fin de la saison, sur le massif du Mézenc, par contre cette remarque ne semble pas concerner le haut Forez. Ces dernières observations doivent cependant être vérifiées.

    Si on passe à la haute montagne alpine, l’hiver 2007-2008 présente un record d’enneigement tardif. Les images de satellite montrent encore un massif bien blanc. Plus quantitativement, dans les Préalpes de Santis en Suisse, l’épaisseur de neige atteignait 4 mètres le premier avril ce qui représentait le 9ème rang des hivers classés depuis 1987. Le dernier jour, l’épaisseur était monté à 6,60 mètres soit un classement à la seconde place après les 7,55 mètres de 1999. Entre temps le manteau était passé par un maximum de 6,84 mètres le 23 avril. Pour d’autres station d’altitude comme Arosa ou le Weissfluchjoch, l’épaisseur correspondait entre le 7ème et le 11 rang au début du mois, et au 3ème à la fin d’avril derrière les années 1999 et 1992 au Weissfluchjoch et 1995 et 1992  à Arosa.

    On peut donc constater qu’un enneigement exceptionnel s’est mis en place pendant ce dernier mois d’avril à haute altitude sur le massif alpin. Ceci n’a pas concerné des reliefs moins élevés où au cours de ce dernier mois le manteau blanc n’a effectué que des apparitions fugaces suivies d’un disparition rapide en particulier  le 7 avril à partir de 500 mètres et le 11 avril au dessus de 850 mètres. Le Jura et les Vosges  ont d’ailleurs été placés à la même enseigne que le Massif central.

   Cette caractéristique nivale fait ressembler un peu plus l’hiver 2007-2008 à celui de 1974-1975.

Les deux ont connu un très faible enneigement à basse altitude et un très confortable à plus de 1500 mètres. Sur le Massif central, de nombreuses basses bordures n’avaient pas vu la neige. Au dessus on passait de 6 jours à Clermont Ferrand ou Saint Etienne, à plus de 130 jours au sommet du Puy de Dôme. Par contre les épaisseurs de 1974-75 sont loin d’égaler celles de cette année et atteignaient à peine la moyenne à la station du mont Thabor dans les Alpes centrales.

Le déroulement des deux saisons hivernales est aussi semblable :

-         D’abord pour la précocité du déclenchement. 1974-75 l’emporte puisque tous les principaux massifs français ont reçu une couche blanche entre la fin septembre et la fin octobre à plus de 500 mètres. Si en 2007-2008, il y a une première alerte à 1200 mètres fin septembre sur le Pilat, il faut attendre les grosses chutes de la mi-novembre pour le développement d’un manteau substantiel sur les Alpes au dessus de 2000 mètres. Il s’agit d’un premier record, puisque dans une chronique antérieure, je signalais qu’à Santis l’épaisseur mesurée au début décembre 2007 n’avait jamais aussi haute avant la fin de l’année civile depuis 1987.

-         Ensuite un hiver particulièrement doux fait disparaître tout enneigement à basse et moyenne altitude pendant les mois de janvier et février. C’est particulièrement net en 2007-2008. Le Massif central, les Vosges, le Jura, et même en partie les Pyrénées se dénudent alors de leur manteau blanc. Toujours dans les Préalpes de Santis, l’épaisseur  est stable avec de l’ordre de 3,30 mètre de la mi-décembre au début du mois de mars. L’altitude joue son rôle avec un froid suffisant pour permettre le maintien du manteau antérieur. Le très grand nombre des jours anticyclonique ne permet pas le dépôt de nouvelles couches substantielles au sol.

-         Enfin en mars et avril, la multiplication des temps perturbés qui viennent buter sur les Alpes, les températures plus fraîches, alimentent à nouveau les zones d’altitudes en épaisseurs blanches. Plus bas la neige revient de façon ponctuelle lors des descentes d’air froid perturbées comme celle du lundi de Pâques ou du 7 avril.

Ce déroulement de l’hiver explique le grand contraste de l’enneigement selon l’altitude.

 En début, comme en fin de saison, seuls les temps perturbés d’origine septentrionale ont une capacité suffisante d’apporter de la neige à basse altitude. Les autres situations atmosphériques ne sont pas assez froides pour apporter de nouvelles couches blanches et surtout permettre leur maintien au sol. En plaine ou montagnette, la neige ne peut être qu’un événement provisoire en dehors des 3 mois de l’hiver administratif (décembre, janvier février).

Au contraire à plus de 2000 mètres, il n’en est pas de même. Tous les temps perturbés océaniques d’ouest, nord-ouest, sud-ouest ou même méditerranéens, qui fournissent de la pluie en dessous, peuvent passer sous forme solide à ce niveau avant novembre et au-delà d’avril, alors que plus bas, tel n’est pas le cas. Les Alpes ont pu emmagasiné un maximum de couche blanche lors des périodes arrosées de mars et avril pour atteindre la très forte couche actuelle.

    Une période douce et anticyclonique  au cœur de la saison est de nature à faire disparaître le manteau nival jusqu’à des niveaux de moyenne montagne. Les températures maximales positives des deux mois de janvier et février 2008 ont été incompatibles avec la neige.

     Au dessus, la présence du sol enneigé antérieur, ainsi que l’altitude permettent le maintien de conditions thermiques suffisantes pour maintenir le manteau nival, à plus de 2000 mètres, même en cas de redoux. Ce dernier peut résister même s’il ne reçoit aucun apport nouveau en raison de la présence d’anticyclones qui empêchent les précipitations.

    L’épaisseur record de la montagne alpine fin avril ne s’explique que par le cumul des couches record de novembre et décembre avec celles de mars et surtout avril. Cumul impossible en dessous.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie.

http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

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