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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 14:50

                                              Chronique du 19 Avril 1996  ( Texte d'origine)

 

 

    Ces derniers jours, les médias se font l’écho du dixième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, avec un peu d’avance puisqu’elle a eu lieu effectivement le 26 avril 1986. Dans cette affaire, la climatologie a eu un rôle primordial au niveau du déplacement du nuage radioactif qui a atteint la France en bout de course.

    Ce dixième anniversaire (22ème en 2008) me permet de sortir mes archives et de vous relater une petite étude que j’avais fait alors en suivant jour après jour la situation atmosphérique et en balisant l’avancée du nuage radioactif en fonction de la vitesse des vents au sol. J’ai pu constater que le déplacement théorique du nuage que j’avais calculé à partir des vitesses du vent au sol est tout à fait conforme aux cartes de radioactivité qui ont été publiées après la catastrophe. Je vais donc essayer de vous faire comprendre comment le fameux nuage radioactif a pu nous parvenir. Aux heures qui ont suivi l’annonce de la catastrophe, les responsables ont annoncé que la France était à l’abri. Pour qui a des connaissances climatologiques sommaires, le raisonnement était simple : Tchernobyl  est en Ukraine à l’est de l’Europe, la circulation générale de l’atmosphère  se fait d’ouest en est, donc pas de danger. Ceci correspond d’ailleurs à la situation atmosphérique du 26 avril 1986, jour de la catastrophe où la France est balayée par un train de perturbations en provenance de l’ouest, puis du nord ouest. C’était sans compter sur les tourbillons complexes de l’atmosphère et la variabilité de la direction des flux.

    Nous allons donc suivre l’évolution du fameux nuage depuis son origine en liaison avec la direction des vents. Le 26 avril, jour de la catastrophe, la situation est assez complexe sur l’Ukraine. La région est en bordure  de l’anticyclone sibérien au sol surmonté en altitude par une dépression. Il en résulte des flux complexes au sol qui alternent ceux de sud-sud-est à environ 15 nœuds de vitesse et ceux d’est à environ 10 nœuds de vitesse. En conséquence, les premières régions  contaminées correspondent à l’ouest de l’Ukraine.  Le vent vient ensuite du sud-est et emporte le nuage vers le nord-ouest en direction de la Biélorussie et des Pays Baltes. Le 27 le flux de sud-est se poursuit et le nuage atteint alors le sud de la Suède après avoir traversé la Mer Baltique.

    Le nuage radioactif n’ira guère plus loin en direction de la Scandinavie, car le 28 avril, une perturbation océanique d’ouest sud-ouest aborde les côtes de la Norvège et de ce fait bloque puis refoule le nuage radioactif. A partir du 28 avril, la masse nuageuse en question  prend une toute autre direction, puisque sa marche vers le nord est stoppée. Elle se rabat vers le sud-est sous l’effet d’une dorsale anticyclonique qui s’installe à partir de l’atlantique et d’une dépression en Méditerranée  dans le golfe de Gênes. Cette dernière entraine  un mouvement tournant de l’air en Europe centrale qui provient de l’est dans la région considérée. Le déplacement est encore confus le 28, mais le 29 il s’amplifie. Les vitesses de vents s’accélèrent, la direction s’affine en passant d’une provenance d’est au nord-est en raison du léger déplacement de la dépression de la Méditerranée qui évolue du Golfe de Gênes au sud de l’Italie.  Le nuage radioactif concerne alors l’Allemagne qui semble totalement traversée dès le  29 avril avec peut-être une première incursion en Alsace. Il poursuit sa marche vers le sud en franchissant les Alpes en direction de l’Italie et en atteignant en bout de course la Corse.  Le 30 avril et le 1ier  mai, l’Europe de l’ouest est totalement anticyclonique, la dorsale des hautes pressions des Açores a poussé sa route jusqu'à la mer Baltique où s’installe son centre. Ceci permet le maintien sur la France d’un léger flux d’est et le fameux nuage radioactif franchit une nouvelle fois les Alpes pour atteindre le midi de la France puis la quasi-totalité du pays pour la Fête du travail, sauf la Bretagne. En effet, dès le 1ier mai, un flux d’ouest se réinstalle sur la pointe de la Bretagne avec des vents de sud-ouest de 10 nœuds à Brest. Il annonce l’arrivée d’une perturbation d’ouest qui a eu  lieu effectivement le 2 mai et qui bloque la progression du nuage radioactif.

    Ainsi cette radioactivité issue de la catastrophe de Tchernobyl n’a pu nous parvenir qu’en serpentant au milieu de flux atmosphériques différents. Elle est d’abord partie vers le nord-ouest et la Scandinavie, a été ensuite rabattue vers la Méditerranée, avant de continuer en France et d’être stoppée vers le réduit breton. Ceux qui ont annoncé trop tôt que nous étions à l’abri ont été trompés par le caractère sommaire de leurs connaissances climatologiques, par la complexité du cheminement, par la faible probabilité d’avoir des courants d’est sur l’Europe de l’ouest, et enfin par un cheminement géographique compliqué lié à des relais de vents de directions successives diverses . La situation est rare.

     Autre remarque intéressante, le nuage radioactif a suivi l’évolution des vents au sol mais pas celle des vents en altitude. Ceci montre qu’il est resté dans les basses couches de l’atmosphère. En effet au cours de la période, il y a souvent eu des divergences entre les directions des vents au sol et ceux situés au dessus au niveau de la surface des 500 hpa, soit entre 5 et 6 km d’altitude. Par exemple, le jour de la catastrophe, les vents d’est-sud-est étaient surmontés par des vents de sud-ouest qui auraient dû entrainer la radioactivité vers le reste de l’U.R.S.S. de l’époque et la Sibérie. Cette divergence de direction entre le sol et l’altitude s’est poursuivie jusqu’au 28 avril sur l’Ukraine. Ceci montre que le nuage nous est parvenu parce que les directions des vents dans les basses couches de l’atmosphère lui ont dicté ses trajectoires. Ce qui s’est passé au dessus, à plus haute altitude, n’a eu qu’une influence réduite. C’est un autre élément trompeur à l’époque, car il y avait eu peu de précédents de cette ampleur pour suivre un nuage radioactif émis à partir du sol. Par exemple, les nuages des expérimentations de bombes nucléaires dans l’atmosphère étaient émis à partir de la haute atmosphère et donc il était difficile de ce fait de prévoir comment se ventilerait la radioactivité entre haute et basse atmosphère dans un cas d’un accident nucléaire au sol. Après et à cause de Tchernobyl, il est maintenant beaucoup plus facile de suivre l’évolution géographique d’un éventuel nuage polluant. Au plaisir de vous retrouver, vendredi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie.

 

Commentaire :

La complexité des flux atmosphérique est telle qu’il est difficile de se fier seulement à la circulation générale de l’atmosphère moyenne d’ouest en est aux latitudes tempérées. Le vent dominant est celui qui se produit le plus souvent, pas forcément celui qui a lieu au moment  d’un problème quel qu’il soit. La direction du vent au sol peut être très différente de celle de l’air qui circule au dessus.

 

 G.Staron

 

 

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