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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 18:14
 
 
L’inondation des régions cotières et les navires perchés en raison du phénomène de « surcotes », Les effets sur la première étape de Paris-Nice, raccourcissement du parcours et bordures.
La tempête de lundi a balayé la moitié septentrionale du pays. Elle doit être classée dans les épisodes de vents violents qui proviennent de l’Océan Atlantique en liaison avec une dépression très creusée centrée sur les Iles britanniques. La colère du ciel de lundi ne restera pas dans l’histoire des plus violentes puisque la vitesse maximale des rafales a atteint 155 km/h à la pointe du Raz et 135 km/h à Ouessant. Les grandes tempêtes comme celles de décembre 1999, février 1990 ou octobre 1987 ont connu des vitesses maximales de l’ordre de 180 à 200 km/h.
Cet événement présente deux aspects intéressants, des inondations selon un mécanisme particulier celui des « surcotes », et la grande sensibilité des courses cyclistes au vent avec le départ différé de la première étape de Paris-Nice.
Les inondations de lundi n’ont pas été liées à des débordements classiques de rivières. Comme toujours les vents violents sont accompagnés de précipitations. Ces dernières ont déposé 20 à 30 mm sur l’ensemble du Massif Armoricain avec des extensions en direction du Limousin et du nord du pays jusqu’aux Ardennes. Après un mois de février assez sec, un tel total n’est pas de nature à provoquer un débordement majeur des rivières. Les rivières bretonnes, la Mayenne, l’Orne, les affluents aval de la Seine à partir de l’Oise ont monté de l’ordre de 50 cm, soit une réaction assez modeste.
Les inondations concernent des secteurs côtiers avec une montée de la mer sur les quais comme à Cherbourg ou un débordement des rivières dans l’estuaire. Elles sont liées à un phénomène qui accompagne les tempêtes océaniques que l’on nomme la surcote. Le même mécanisme explique la présence de bateaux perchés sur les quais des ports ou de ce cargo sur la plage des Sables-d’Olonne. La forte baisse de la pression atmosphérique au moment du passage de la tempête provoque une réaction de l’océan qui monte son niveau pour compenser le vide. Cette espèce d’aspiration de la mer est connue en cas de forte dépression. Lundi, les pressions descendent à moins de 960 hpa contre une moyenne de 1013 hpa environ. L’océan compense par une hausse de l’ordre d’un mètre. Le danger est accentué par la concordance avec de fortes marées. Le cumul de la marée haute et de la surcote de la tempête a provoqué les inondations littorales. Dans l’estuaire de la Laita en Bretagne, les marées font varier le niveau de la rivière entre 2,5 m pour le jusant et 5,5 m pour la marée haute, mais ce 10 janvier le niveau monte d’un mètre supplémentaire, à plus de 6,50 m, en raison de l’arrivée au même moment de la surcote liée à la tempête. Quand on ajoute les vagues de l’ordre de 4 à 6 m dans ces cas, un habitat doit être au moins 10 mètres au dessus du niveau normal de la mer pour être à l’abri des tempêtes océaniques, des bateaux peuvent être propulsés à des niveaux habituellement peu maritimes.
Deuxième conséquence originale de la tempête, la première étape de Paris Nice entre Amilly, petite commune près de Montargis et Nevers a été raccourcie dans une premier temps puis a connu un déroulement très intéressant en raison du vent.
Pour la troisième fois au moins dans l’histoire du cyclisme, une étape a été partiellement neutralisée en raison de la vitesse du vent. Les deux cas précédents concernaient une étape du Tour de France Aubagne-La Grande Motte en juillet 1969 en raison du mistral au moment de la traversée de la Camargue, et plus récemment, lors du Tour de Murcie 2005.
 Ce lundi, c’est une tempête océanique qui provoque le même avatar dans un secteur qui ne correspond pas à l’endroit où les vents ont été les plus forts en France. Cette première en domaine océanique est liée au passage du maximum du coup de vent au moment du départ de la course, à la mi-journée. La tempête a balayé la Bretagne dans la nuit précédente, elle traverse le pays avec une bulle maximale qui s’étire de la Manche aux régions du Val de Loire et qui continue en soirée dans l’est de la France. Dans se traversée du centre du pays, Eole a perdu de sa vigueur et les rafales atteignent à peine 100 km/h. Ceci montre une certaine fragilité du sport cycliste par rapport aux vents violents, car dans les 3 cas que nous venons de citer, la course a été interrompue quand les vents ont atteint 80 à 100 km/h, seuil faible pour une tempête mais dangereux pour un peloton en plein effort.
En déplaçant le départ de l’étape vers le sud dans le petit village de la Chapelotte, les organisateurs éloignent la course des rafales les plus fortes qui se situent du centre du bassin de Paris à la Manche, Ils laissent aussi le temps au paroxysme de la tempête de continuer à se décaler vers l’est en dépassant l’axe de l’itinéraire de la course .
Il n’en reste pas moins que le vent a gardé suffisamment de force sur le parcours effectivement couru pour imposer son impact sur la compétition. Dans notre récent ouvrage « Conditions climatiques et compétitions cyclistes »(1), Jean-Paul Bourgier et moi-même avons constaté qu’Eole influence les épreuves de vélo à partir de seuils situés ver 40 à 50 km/h de vitesse, soit bien plus bas que les niveaux de lundi.
 Le tracé restant de l’étape vers Nevers comprend deux tronçons très différents. Entre La Chapelotte et Baugy, la course continue sa descente vers le sud, avec un vent de sud-ouest défavorable à la progression de la course. Non seulement l’épreuve est ralentie, mais ce genre de situation freine l’animation de la course, car le peloton reste tranquillement collé aux basques de ceux qui mènent et qui supportent principalement les effets du vent.
 Après le village de Baugy, l’itinéraire prend une orientation ouest-est pour rallier Nevers, le vent provient alors de côté, plus précisément, trois-quarts arrière. A partir de ce moment là, un mécanisme classique de bordure se met en place comme souvent par vent de coté dépassant 40 à 50 km/h. A l’avant du peloton, il se forme un éventail, les concurrents s’abritant derrière celui qui mène. A l’arrière ceux qui n’ont pas trouvé d’abri dans l’éventail sont alignés dans la ficelle. Ils doivent fournir un violent efforts dans le vent pour garder le contact avec les concurrents qui précèdent et ils sont lâchés les uns après les autres. Des groupes éparpillés s’égrènent au bord de la route et à l’arrivée leur retard est conséquent sur la quarantaine de concurrents qui forment la première bordure et qui se disputent la victoire. un violent souffle atmosphérique de côté a toujours pour effet de déclencher une sélection en fonction du positionnement des concurrents dans le peloton au moment où le mécanisme se met en place. Un des favoris de l’épreuve Cadel Evans, qui n’avait pu remonter suffisamment à l’avant du peloton après une chute, est piégé à l’arrière.
Ce phénomène se déclenche toujours après un changement de direction majeur du parcours, ici à Baugé. La vitesse et la direction du vent sont le facteur déterminant, mais la nature géographique des régions traversées, des plateaux dégagés souvent voués aux cultures céréalières est aussi essentielle. Dans le Bassin parisien, il s’agit le plus souvent de la Beauce, mais lundi le Berry est concerné. De longues lignes droites de même direction sont nécessaires pour donner le temps aux bordures de se mettre en place.
Les conditions atmosphériques difficiles sont capables d’arrêter la course ou de provoquer les plus grands exploits avec une animation très intéressante, c’est ce qui a été produit par le vent lundi dernier.
 
 
       
 
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(1) Pour plus de détail sur les bordures, voir….
Jean-Paul Bourgier et Gérard Staron
« Conditions climatiques et compétitions cyclistes – Atmosphères de courses »
Editions de L’Harmattan collection Espaces et temps du sport, 315 pages, 2007
« Ces pages, je les ai dévorées parce qu’elles on le charme de l’inédit et que leur contenu est passionnant » Jean-Marie Leblanc
« Ce livre très original rassemble de très nombreuses analyses de courses cyclistes professionnelles pendant lesquelles les conditions météorologiques ont facilité des performances exceptionnelles, gêné la course, voir provoqué de graves accidents »
 « Vient de paraître »La Météorologie 8ème série N°59 novembre 2007
Revue de la société météorologique de France
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