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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 21:22

Chronique N°999

Nous avons connu pendant le week-end précédent (18-19 octobre 2014) une bouffée de chaleur comme la France peut en connaitre par flux de sud.

Si les températures minimales ne sont pas particulièrement élevées les maximums quotidiens ont atteint des niveaux quasiment estivaux. Sur la quasi-totalité du pays ils sont supérieurs à 20°, à l’exception de quelques secteurs des côtes de la Manche de la pointe de la Bretagne au Pas de Calais. Les différences régionales sont assez peu marquées puisque la plupart des stations sont comprises entre 23 et 25°. Globalement la vague de chaleur culmine plutôt samedi que dimanche mais les différences entre les deux journées sont faibles.

Il y a cependant deux régions qui se détachent par des températures qui dépassent 27°, le Piedmont pyrénéen et les couloirs de la Loire et de l’Allier à la sortie du Massif central. Le samedi, le Piedmont pyrénéen est le secteur le plus chaud de France avec parfois plus de 30° à Biarritz, Dax et Pau. Cette remarque est surtout valable pour la partie basque, landaise ou béarnaise et s’atténue vers l’est à partir des Pyrénées centrales. Le Dimanche, cette particularité se déplace en direction des sillons de la Loire et de l’Allier. Cette fois avec des maximums compris entre 27.5° et 28.5° Vichy, Clermont-Ferrand, Saint-Etienne, Roanne, concurrencent les cités du Piedmont pyrénéen ou des Landes. Souvent dans ce cas, cette face septentrionale présente des températures plus élevées que les régions de la vallée du Rhône ou de la Méditerranée. Il ne fait que 24.7° à Montélimar et entre 25 et 26° pour les stations de la basse Camargue au Comtat Venaissin qui sont les plus chaudes du milieu méditerranéen. Il en est de même de l’agglomération lyonnaise où les températures n’atteignent pas 26°

La situation météorologique responsable de cette bouffée de chaleur est classique. Elle associe un flux de sud entre une dépression très creusée sur l’Atlantique au large de l’Irlande et des hautes pressions centrées sur l’Europe centrale. Cette situation au sol est relayée en altitude par une dorsale des hautes pressions subtropicales à partir de la Tunisie. Dans ces conditions, rien ne s’oppose à la remontée d’un air en provenance de l’Afrique du nord et même du Sahara jusqu’à nos régions. Cette origine méridionale de l’air se cumule avec deux autres aspects. D’abord un ensoleillement exceptionnel du matin au soir dans les hautes pressions ce qui permet une hausse diurne importante du thermomètre en dépit de la moindre durée du jour de la mi-octobre. Ensuite quand l’air provenant du sud, a franchi les montagnes des Pyrénées et du Massif central et redescend sur leur versant septentrional, il provoque un mécanisme de foehn. Il se réchauffe au rythme de l’air sec soit au rythme de 1° par 100 mètre alors que sur l’autre versant il s’était refroidi souvent au rythme de l’air humide soit à 0.6° par 100 m. Selon les lois de la physique, ceci explique que dans ce cas le versant nord soit plus chaud que celui du sud pour les Pyrénées comme pour les couloirs de l’est du Massif central. Comme la phase de ce mécanisme se déplace d’ouest en est, ce coup de chaleur sur le versant nord est plus sensible sur les Pyrénées Atlantiques le samedi et il culmine sur les couloirs de la Loire et de l’Allier supérieurs le dimanche.

Les températures maximales de ce dernier week-end ne sont pas des records même si elles sont assez proches des maximums les plus élevés d’un mois d’octobre. Par exemple à Vichy les 28.5° de samedi sont devancés par les 29.3° du 7 octobre 2009 et dans le passé par les 29.2° du 11 octobre 1978. De même à Clermont Ferrand avec un 29.7° en 2009 et 28.7° en 1978 et à Saint Etienne . De même les 30° observés dans les Pyrénées atlantiques ont été aussi dépassés en 2009 et parfois 1978.

Ces bouffées de chaleur de sud sont connues dans la région centre-est et celle de ce week-end de la mi-octobre est la troisième d’importance de l’année même si sa position en pleine arrière-saison limite la chaleur. Il y avait eu celle de Pentecôte en juin avec les températures les plus élevées de la saison chaude de 2014 avec 37.5° à Anse et 37.2° à Saint Etienne le 9 juin. Il y a eu aussi celle du passage du Tour de France les 17 et 18 juillet avec 35° aux deux mêmes postes.

Lors de ces deux bouffées chaudes de l’été, nous avons tenté d’analyser leur mécanisme. Elles sont toujours brutales avec une remontée très forte des températures maximales sur un petit nombre de journées, nous avons donc tenter d’examiner sur les postes de l’AMRL, des départements du Rhône et de la loire quelle était l’amplitude de la montée des maximums entre le jour qui précède la mise en place de la bouffée de chaleur et celui de son maximum soit entre le 4 et le 9 juin pour Pentecôte et le 14 et le 18 juillet pour le passage du tour de France.

Les deux cartes que nous avons obtenues sont parfaitement semblables et montrent que l’est du couloir de la Loire de la région de saint Etienne à celle de Roanne connait la hausse des températures la plus forte alors que cette dernière est bien plus faible le long de l’axe Rhône-Saône.

La bouffée de chaleur est maximale de Saint Etienne à Roanne avec en juin une hausse de plus de 18° le long de cet axe qui suit la rive droite de la Loire avec un maximum de 19.2° de montée du thermomètre dans la capitale ligérienne.

Cette hausse des températures maximales est un peu plus faible, de l’ordre de 1° à l’ouest de la plaine du Forez et sur les monts du même nom, mais elle est nettement moins marquée sur l’agglomération Lyonnaise et la val de Saône avec une différence de l’ordre de 3 à 4°.

Les informations fournies par les trois principales vagues de chaleur de la saison chaude 2014 concordent pour mettre en évidence une langue de forte hausse des températures dans l’axe et au nord du Pilat par flux de sud. Ce phénomène est peu visible dans l’axe Rhône Saône. Ceci confirme une observation effectuée à des très nombreuses reprises. Les flux d’air qui communiquent entre le nord et le sud de la France et inversement, ont un itinéraire de passage préféré qui relie le couloir de la Loire à partir de la plaine du Forez à celui du Rhône au sud du défilé de Vienne. Ces courants passent par-dessus le Pilat ce qui explique que ce petit massif montagneux vers 1300 à 1400 m est suffisamment élevé pour être une limite climatique entre ses versants, mais il apparait mais trop faible pour limiter les flux atmosphériques qui présentent un itinéraire de passage privilégié au-dessus de lui en France. L’exemple de ces bouffées de chaleur de 2014 constitue des exemples dans le sens sud-nord, mais il a été plus souvent signalé des cas de direction inverse nord-sud. A commencer par le mistral qui apparait dans la vallée du Rhône au sud du Pilat. On aurait pu penser que la communication entre le nord et le sud de la France passerait par l’axe Rhône-Saône, le faible relief suggère ce passage, or ce n’est pas le cas au nord du défilé de Vienne et la communication nord-sud est beaucoup plus faible avec le val de Saône

Cette remarque confirme celle de la chronique de la semaine dernière concernant la déviation des vents d’ouest par les axes du relief de l’est de la France. Ce changement de direction s’effectue à proximité du Pilat.Cet effet de couloir entre celui du Rhône au sud de Vienne et celui de la Loire à partir de la plaine du Forez explique l’exagération des coups de chaleur de sud dans le Forez , en particulier de l’agglomération stéphanoise à l’est de la plaine et en sens inverse celle du mistral en vallée du Rhône !

Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain pour la millième chronique, bonne semaine.

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