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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 19:12

Chronique N°998

L’atmosphère a calmé ses excès et la France semble progressivement digérer les masses d’humidité accumulées sur le sud du pays. Les dernières sont remontées jusqu’au Pilat qui a servi de barrière puisque Montregard au sud a reçu déjà 186 mm dans la première moitié d’octobre alors que Saint Etienne de l’autre côté ne cumule que 82 .7 mm. Sur les deux grosses averses qui sont arrivées jusqu’au Pilat en octobre, seule la première du 9 et du 10, l’a franchi de façon importante avec 110 mm à Montregard et 74.6 mm à Saint Etienne Alors que la seconde a été totalement stoppée avec 76 mm à Montregard au sud et seulement 6.3 mm au nord à Saint Etienne.

Ce calme de retour permet d’aborder un autre problème lié au relief dans notre région celui de la déviation de la direction des vents associée parfois à une accélération !

Vous avez tous appris qu’en France les vents dominants proviennent de l’ouest. Dans le centre-est et en particulier autour des sillons de la Loire supérieur et de l’axe Rhône Saône, c’est faux. On passe à une dominante de nord ou de sud selon le flux atmosphérique dominant du moment. L’affaire est bien connue dans la vallée du Rhône avec le mistral qui prend de la vitesse quand l’air descend du nord et avec le marin quand il remonte du sud. Il est bien connu que dans la moitié septentrionale du pays, les grosses tempêtes sont celles océaniques d’ouest comme celles de décembre 1999 octobre 1987 pour les plus virulentes ou celles de l’hiver dernier ou de 1990 pour les plus nombreuses. Au contraire dans l’espace compris entre le Massif central et les Alpes, la tempête de sud de novembre 1982 reste encore celle qui a fait le plus de dégâts, la dernière très virulente étant celle de fin avril 2012 avec 150 km/h au Mazet-Saint-Voy.

Il est bien connu que cette particularité provient de l’orientation des reliefs qui contredit la direction de la circulation générale de l’atmosphère. En effet les perturbations proviennent de l’océan avec leur vent dominant d’ouest , plutôt de sud-ouest surois avant l’arrivée des pluies et plutôt de nord-ouest norois après leur passage. Ces flux ne trouvent guère d’obstacles pour traverser la moitié nord de notre pays qui ne présente pas jusqu’aux Vosges de reliefs significatifs. Au contraire, dans la moitié méridionale de la France, le vent d’ouest trouve face à lui une organisation des reliefs d’une toute autre ampleur de direction perpendiculaire. L’arc Alpin présente une direction sud-nord nette dans sa partie française avec des hauteurs d’importance synoptique. La même orientation se retrouve dans l’est du Massif central. Les axes méridiens sont moins hauts et parallèles que ce soit celui à l’est des Cévennes du Pilat qui perd ensuite de la hauteur jusqu’au Morvan, dans la partie centrale celui des monts du Velay à ceux du Forez et pour terminer de la Madeleine et enfin à l’ouest l’axe des monts volcaniques auvergnats. Le tout est séparé par trois couloirs, celui de l’axe du Rhône prolongé par celui de la Saône, celui de la Loire supérieure du bassin du Puy jusqu’à sa sortie du massif central et enfin celui de l’Allier. Ces orientations expliquent la déviation bien connue des vents conformes à la circulation générale de l’atmosphère d’ouest en nord ou en sud par tous ces axes.

La particularité du Forez veut que cette déviation s’effectue sur ses terres, entre la plaine et le Pilat. Ceci explique que parfois je suis plaisanté par un ancien cycliste de la région de Feurs qui prétend qu’à ce niveau de la plaine du Forez le vent d’ouest est encore important alors que l’originaire de Saint Etienne prétend que ce n’est pas le cas un peu plus au sud et que Eole souffle de nord ou de sud.

En réalité il est possible de trouver des éléments bien plus scientifiques pour l’établir. Dans notre association des météorologistes d’entre Rhône et Loire (AMRL), nous détenons deux points de mesure des vents excellemment placés pour analyser ce problème , Bard dans les monts du Forez, un peu à l’ouest à un endroit où l’influence des axes méridiens n’est pas à son maximum et Saint Héand au sud des monts du Lyonnais près de Saint-Etienne et du Pilat à un endroit idéalement placé entre les couloirs de la Loire et du Rhône . L’occasion de saluer et de remercier nos observateurs, Ludovic Robert et David Dumas dont les données sont publiées dans notre bulletin « le météofil » dont le 104ème numéro vient de sortir en particulier les roses de vents depuis maintenant plus d’un an.

Il est facile de constater que pour deux points de mesure assez proches, moins de 50 km sur deux massifs voisins, la déviation des vents entre les deux est toujours visible. A Bard, sur le haut Forez, la rose des vents présente toujours une composante d’ouest très marquée avec WNW qui correspond le plus souvent à la fréquence des vents la plus importante et SW qui concentre ceux les plus violents. Cette composante d’ouest disparait à Saint-Héand, l’influence méridienne, Nord plus durable ou Sud plus violente, devient nettement dominante et il s’ajoute parfois des composantes secondaires SE ou NE inexistantes à Bard.

Depuis que nous publions ces observations, l’importance de la déviation entre les deux postes parait très variable.

Lors des mois à forte tendance océanique de l’hiver dernier avec les multiples tempêtes d’ouest qui ont affecté la Bretagne, la déviation entre les deux postes est caricaturale. En janvier 2014, les vents les plus nombreux et les plus forts proviennent de SW et de S-SW à Bard alors que cette direction est complètement remplacée par une dominante de franc sud à Saint Héand. La composante secondaire de NW à Bard disparait aussi à Saint Heand où on remarque une recrudescence de sud-est totalement absente à l’autre poste. Autre exemple flagrant décembre 2013, à Bard, la direction dominante est WSW pour les vents de vitesse modérée et de SW pour ceux de plus de 29 km/h. Là encore à Saint-Héand, ces directions sont totalement déviées et remplacées d’un côté par le nord pour les vitesses modérées et le plein sud pour celles plus élevées. Ce même mois, les tempêtes océaniques sont aussi déviés. Le 24 décembre 2013, la vitesse maximale est de 108 km/H à Bard pour une direction de SSO alors qu’elle est de 97 km/h à Saint Héand pour une direction de SSE. La domination pendant ces deux mois d’une influence d’ouest sur la France, est encore visible à Bard, et elle disparait totalement à Saint Héand avec en remplacement une circulation méridienne de l’air. Ceci montre bien la déviation maximale sur les vents d’ouest et elle s’effectue entre les monts du Forez et les monts du lyonnais et du Pilat.

Au contraire lors des mois où la circulation atmosphérique est naturellement méridienne la déviation est moins sensible. Comme l’air arrive selon une direction proche de celle des reliefs, il s’engouffre dans les couloirs correspondants sans vraiment en changer. C’est par exemple le cas lors du mois de juillet 2014 marqué par l’arrivée de très nombreuses perturbations de nord ou nord-ouest. Saint-Héand n’introduit qu’une légère composante secondaire de sud invisible à Bard, sinon ce sont les deux roses les plus proches avec une dominante de N-NW. En août le mois subit des influences septentrionales de nature plus anticyclonique. Les différences sont un peu plus grandes, là encore saint Héand ajoute une fréquence de vents de sud qui n’existe pas à Bard. Enfin en septembre affecté de nombreux vents de sud après le 15, la composante d’origine méridionale est très marquée à Saint Héand et beaucoup plus discrète à Bard. Ceci signifie que le vent de sud qui redescend du Pilat affecte plus Saint Héand que Bard un peu à l’écart à l’ouest. Ces différences sont des détails lors de ces mois à circulation atmosphérique méridienne

La déviation des vents d’ouest en France et leur moulage sur les axes des reliefs méridiens s’effectue en grande partie sur la région stéphanoise entre les monts du Forez et du Pilat !

Gérard Staron vous retrouve samedi sur radio espérance pour la 999ème Bonne semaine…

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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