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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 21:19

Chronique N°996

L’événement incontournable de la semaine correspond aux inondations sur l’agglomération de Montpellier

Il s’agit encore d’un épisode méditerranéen, même s’il est assez peu cévenol. Ce dernier semble à quelques nuances près la copie conforme de celui qui avait affecté la même région dix jours plus tôt et avait endeuillé Lamalou les bains, Saint Gervais sur Mare et Saint Laurent le Minier.

On retrouve la même situation météorologique avec les trois éléments nécessaires à la réalisation d’une grosse pluie méditerranéenne.

La descente froide sur le proche Atlantique, comme entre le 16 et le 18 septembre, descend aussi bas en latitude puisqu’on la retrouve au sud du Portugal le 27 et elle passe par le détroit de Gibraltar le 28 avant de remonter sur la Méditerranée. Elle arrive aussi réchauffée et déconfite que la précédente après ce long périple.

La recharge en humidité sur la grande bleue est très importante puisque la mer chaude est traversée de part et part et que le 28 la perturbation a déjà commencé à déverser de grosses quantités d’eau sur la Catalogne

Le blocage par l’anticyclone derrière les Alpes est encore plus solide que la première fois puisqu’il est le résultat du chevauchement de l’anticyclone au sol sur l’Europe centrale et d’une dorsale des hautes pressions subtropicales d’altitude remontant de la Tunisie !

La répartition des pluies est tout aussi localisée puisque ces dernières affectent assez peu la côte. Sète ne reçoit que 26,7mm, le cap d’Agde seulement 67.9 mm. Les très fortes précipitations n’atteignent même pas les Cévennes. Le mont Aigoual ne reçoit que 32.7 mm contre 180 mm pour l’épisode de la mi-septembre. Les grosses pluies sont encore moins capables de pénétrer à l’intérieur du Massif central, 17 mm à Millau et 23 mm à Mende, ni de remonter le long du versant ardéchois, 16 mm à Aubenas contre 96.5 mm dans le précédent épisode. Dès que l’on franchit le Rhône à l’est, les totaux s’écroulent, 36 mm à Istres et 12.5 mm à Salon de Provence . Dès que l’on quitte le département de l’Hérault pour celui de l’Aude à l’ouest les cumuls deviennent dérisoires 8 mm à Leucate.

On peut seulement signaler cette fois, un préliminaire la veille sur le Roussillon et la Catalogne espagnole avec 90 mm à Perpignan et une suite atténuée le lendemain sur le Var avec 50 mm à Hyères! Un mélange apparent de chronologie qui n’existait pas à la mi-septembre !

Dans le détail on aborde les nuances par rapport au premier épisode de la mi-septembre.

Ce dernier avait affecté le premier versant montagneux rencontré qui s’étire du Sidobre et des monts de Lacaune au sud des Cévennes, cette fois la ligne des fortes précipitations, parallèle à la précédente s’étire au milieu de la plaine du Languedoc, à mi-chemin entre les reliefs et la côte selon un axe du centre de Béziers avec 134 mm, à Aniane avec 174, 4 mm et à Montpellier. Au-delà Nîmes est peu atteint, moins de 25 mm.

La seule crue importante est celle du Lez , qui atteint 4.71 m en amont au Triadou et 3.31m à la station de Montpellier Garigliano. Ce niveau n’est pas celui des plus grosses crues connues puisque celles de décembre 2003 avec 3.76 m et de décembre 2002 avec 3.45 m passent nettement au-dessus.

Les autres rivières languedociennes atteignent des niveaux modérés par rapport aux grosses crues antérieures. A l’est le Vidourle avec 3.71 m à Sommières est bien loin de ses niveaux catastrophiques de septembre 2002 avec 7.3 m et de décembre 2002 avec 5.3 m. les Gardons ne réagissent quasiment pas , ni l’Ardèche, montée de 1 m au plus !

A l’ouest l’Hérault culmine entre 1.5m à Gignac en aval et 2.15 m à Laroque en amont et l’Orb est bien plus bas que ses niveaux de la mi-septembre.

La crue du lez a été exagérée par une particularité géographique qui la différencie des autres cours d’eaux qui traversent la plaine du Languedoc. Ces derniers naissent tous sur les contreforts des Cévennes ou le plateau du Larzac pour l’Orb, or le Lez est privé de ce cours amont montagnard puisque qu’il commence son cours au pied du Pic Saint Loup soit en avant à proximité de la plaine. Cette particularité est à relier avec la répartition des pluies de l’épisode qui présente l’intensité maximale à mi-chemin entre l’arrière-plan montagneux et la côte. Le lez nait en plein dans ce secteur très arrosé alors que les autres cours d’eaux ont subi un lancement initial de leur crue très faible sur leur haut bassin, ce qui explique la modération de leur montée.

Il reste deux mystères à élucider

Le record de précipitations de Montpellier a-t-il été battu ? Une quantité de 300 mm a été signalée en quelques heures. En réalité, je n’ai pas pu vérifier cette mesure annoncée par les médias car la station de Montpellier déclare des observations manquantes ! Si les 300 mm étaient vérifiés, ce serait effectivement un record mais ce qui serait le plus exceptionnel concernerait surtout l’intensité horaire, puisqu’il a été signalé une durée de 3 heures. La ville de Montpellier est coutumière des grosses pluies méditerranéennes. La dernière est décembre 2003 avec 112 mm en 24 heures. Dans le passé pour un article dans la RGL , j’avais trouvé 7 pluies supérieures à 100 mm en 24 heures à Montpellier de 1964 à 1991 avec 177 mm le 13 septembre 1968 et 148 mm le 26 octobre 1979.

Comment expliquer l’importance des inondations induites alors que les rivières, même le Lez étaient loin de leur niveau de leurs crues historiques les plus hautes !

L’impact de l’inondation a visiblement été éxagéré par la correspondance des fortes pluies avec l’agglomération de Montpellier. Le milieu urbain est en effet très sensible aux intensités très violentes de précipitations sur quelques heures. Ces dernières transforment alors les rues en rivières et l’eau s’accumule sur les carrefours situés en contrebas qui reçoivent les eaux des voies convergentes. Dans ce cas, l’écoulement est impossible entre le sol et les canalisations souterraines qui recueillent en temps ordinaires les eaux pluviales, soient que ces dernières soient saturées, et regorgent en surface, soit que les bouches de surfaces sont insuffisantes ou obstruées. Ceci explique que les vues les plus nombreuses aient concerné des carrefours inondés avec des véhicules immobilisés, les eaux provenant des diverses pentes convergeant vers ces points bas de la ville. Les voies de communications sont toujours les principales victimes de ces inondations urbaines

Les zones inondées concernent une multitude de sites épars dans la ville qui ne correspondent en aucun cas à un débordement classique de la rivière qui traverse la cité. La carte du « céres » mise sur internet montre une multitude de points inondés épars situés dans et autour de la ville qui sont pour la plupart situés à l’extérieur des zones inondables définies par l’Atlas administratif. Sur plusieurs centaines de points inondés, seuls 33 se trouvaient en zone inondable ! L’image de l’hôtel de région léché par le Lez est trompeuse, les gros problèmes ont eu lieu ailleurs !

L’urbanisme facilite avec l’imperméabilisation des sols, l’écoulement instantané des précipitations intenses, les voieries se transforment en cours d’eau avec une concentration dans les points bas, carrefours ou autres. Les riverains des rez de chaussées de ces secteurs sont automatiquement impactés ainsi que les véhicules situés sur les voieries. La coïncidence entre les cuvettes urbaines et la forte intensité des précipitations a comme toujours aggravé les inondations sur des secteurs souvent éloignés des cours d’eaux !

Gérard Staron donne rendez vous samedi sur Radio Espérance, Bonne semaine……

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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